X

À La Une

Procès des figures de proue des manifestations anti-Erdogan de 2013

Turquie

Dans son acte d'accusation de 657 pages, le procureur présente le mouvement Gezi, qui avait commencé avec un sit-in de militants écologistes pour défendre le parc de du même nom, comme une opération pilotée de l'étranger pour nuire à la Turquie. 

OLJ/AFP
24/06/2019

Le procès de plusieurs figures de la société civile turque, dont le philanthrope Osman Kavala, s'est ouvert lundi sous l'accusation, jugée fallacieuse par leurs défenseurs, d'avoir tenté de "renverser le gouvernement" de Recep Tayyip Erdogan lors d'un vaste mouvement de contestation en 2013.

La première audience du procès s'est tenue sous haute sécurité à prison de Silivri à la lisière d'Istanbul, selon une correspondante de l'AFP sur place.

Les 16 accusés risquent la prison à vie dans cette affaire qui suscite l'inquiétude des défenseurs des droits humains qui dénoncent une "chasse aux sorcières" et soutiennent qu'il n'existe "pas l'ombre d'une preuve" pour appuyer l'accusation.

Parmi les personnes jugées figure l'homme d'affaires et philanthrope Osman Kavala, dont l'incarcération depuis plus de 600 jours est devenue le symbole de la répression contre la société civile en Turquie, en particulier depuis une tentative de putsch en 2016. M. Kavala, une figure connue et respectée dans les cercles intellectuels en Europe, est accusé d'avoir financé les gigantesques manifestations contre M. Erdogan en 2013, connues sous le nom de "mouvement de Gezi".
Lors de l'audience, il a rejeté "des allégations irrationnelles dénuées de preuves". "Je n'ai jamais été, de ma vie, partisan du changement de gouvernements qu'à travers des élections libres", a-t-il ajouté.
Le mouvement Gezi a commencé avec un sit-in de militants écologistes pour défendre le parc de Gezi, l'un des rares espaces verts au cœur d'Istanbul. Après une répression brutale, il s'est transformé en mouvement plus global contre M. Erdogan, qui était alors Premier ministre.


(Pour mémoire : En Turquie, nouvelles arrestations d'universitaires et figures de la société civile)


Le procès s'est ouvert au lendemain d'une cuisante défaite du parti de M. Erdogan aux élections municipales d'Istanbul, remportées par l'opposition.

La répression contre les sympathisants de Gezi a connu un regain d'intensité à l'automne 2018, soit plus de cinq ans après les manifestations, avec l'arrestation de plusieurs universitaires et figures de la société civile proches de M. Kavala.

La Turquie est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits humains qui s'inquiètent de la dégradation de l'état de droit ces dernières années.

Dans son acte d'accusation de 657 pages, le procureur présente le mouvement de Gezi comme une opération pilotée de l'étranger pour nuire à la Turquie. "Rien de tout cela n'est arrivé par coïncidence (...) Il y avait un soutien de l'étranger dans le cadre d'une opération visant à mettre la République de Turquie à genoux", peut-on ainsi lire dans ce document aux accents complotistes.


(Pour mémoire : Billy Hayes : Erdogan ne mène pas la Turquie dans la bonne direction)


"Absurde" 
Pour Andrew Gardner, chercheur d'Amnesty International en Turquie, l'acte d'accusation "ne comporte pas l'ombre d'une preuve attestant que (les accusés) étaient impliqués dans une quelconque activité criminelle, encore moins qu'ils ont conspiré pour renverser le gouvernement". "Au lieu de cela, il s'efforce d'une manière absurde de présenter des activités associatives banales comme des crimes", ajoute M. Gardner, dénonçant une "chasse aux sorcières".

Parmi les éléments de l'accusation, figure une carte de la répartition des abeilles sur le territoire turc, trouvée dans le téléphone de M. Kavala. Le document est présenté comme une preuve que le mécène entendait redessiner les frontières du pays.

Six des 16 accusés seront jugés par contumace, ayant fui le pays. C'est le cas par exemple du comédien Mehmet Ali Alabora et du journaliste d'opposition Can Dündar. En ce qui concerne M. Alabora, l'accusation relève qu'il a joué dans une pièce de théâtre mettant en scène une révolte contre le dirigeant d'un pays fictif.

Mais le personnage central de cette affaire, celui contre qui M. Erdogan concentre ses attaques, est M. Kavala.
Accusant M. Kavala de "financer les terroristes", le président turc a plusieurs fois comparé l'homme d'affaires au milliardaire et philanthrope américain d'origine hongroise George Soros, bête noire des dirigeants autoritaires de plusieurs pays. La fondation Open Society de M. Soros, qui a cessé toute activité en Turquie l'an dernier, a qualifié le procès de "simulacre politique" dont le but est de "réduire au silence toute voix critique en Turquie". "Le fait qu'ils soient maintenant en procès, risquant potentiellement la prison à vie, c'est une tragédie", a déclaré le président de la fondation, Patrick Gaspard, dans un communiqué.



Pour mémoire
Passer entre les gouttes, le combat des intellectuels turcs

Turquie : Amnesty dénonce un "climat de peur glaçant"

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants