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Moyen Orient et Monde

Le régime syrien poursuit sa politique de la terre brûlée à Idleb

Éclairage

À l’approche du Fitr, la population craint de sortir de chez elle à cause des bombardements.

27/05/2019

La bataille pour la reprise d’Idleb par les forces du régime de Damas et celles de l’allié russe se fait de plus en plus ardue. Soumise à un déluge de feu depuis plus de 35 jours, le dernier grand fief rebelle, qui compte plus de trois millions d’habitants, est notamment le théâtre au Sud d’une bataille acharnée entre les forces loyalistes et les groupes rebelles. Les forces régulières syriennes ont réussi depuis avril à reprendre plusieurs villes dans le sud de la province d’Idleb et le nord de celle de Hama. La ville de Kfar Naboudah est notamment depuis plusieurs semaines au cœur de l’offensive qui oppose les deux camps. Les troupes de Damas étaient parvenues à s’emparer de la localité au début du mois, mais a depuis fait face à plusieurs contre-offensives de la part des factions de l’opposition. Le territoire est sous l’influence du groupe Jaïch al-Izzah ainsi que du Front national de libération (FNL), une coalition regroupant plusieurs factions rebelles formée par Ankara. Les groupes rebelles étaient parvenus la semaine dernière à reprendre la ville après des combats acharnés et ce, malgré un pilonnage intensif des forces loyalistes. Hier en matinée, la ville est à nouveau retombée dans l’escarcelle de l’armée du régime. « Les combats ont repris avant l’aube et ont été très rudes », confie brièvement le porte-parole du FNL, Naji Moustapha, qui déplore la perte de nombreux combattants ainsi que de plusieurs véhicules. Une photo aux alentours de la localité prise par un drone montre des terrains agraires troués par les missiles largués par le régime et les Russes. « Il y aurait eu plus de 12 000 raids aériens afin de parvenir à reprendre Kfar Naboudah, c’est quoi cette armée de lâches », confie pour sa part Haytham* un activiste de l’opposition réfugié en Turquie.

Cette zone où se livrent en ce moment même des combats acharnés faisait en principe partie de l’accord de « désescalade » scellé en septembre 2018 entre Moscou et Ankara, parrain de certains groupes rebelles. Cet accord était censé séparer les territoires insurgés des zones gouvernementales dans la région et éviter une offensive du régime. Fragilisé par les différentes violations de part et d’autre, la pérennité de cet accord a très vite été remise en question lors du passage de la région sous le contrôle total de Hay’at Tahrir al-Cham (HTC), l’ex-branche syrienne d’el-Qaëda, en janvier dernier. Le groupe jihadiste ne prendrait pas part à la bataille visant à repousser la tentative d’incursion par le sud de Damas, comme le confirme Naji Moustapha.

« Nous ne coopérons pas sur le terrain », poursuit le porte-parole du FNL. De son côté, la Turquie aurait livré des armes aux rebelles, selon l’agence Reuters, après avoir échoué à convaincre la Russie d’intervenir pour mettre fin à cette offensive. Un convoi militaire turc est ainsi arrivé dans la nuit de vendredi à samedi dans la région de Hama, près de Jabal Zawiya. « Si la Turquie voulait vraiment mettre fin à cette situation, elle ouvrirait d’autres fronts contre le régime, via l’Armée nationale, qu’elle soutient », déplore toutefois Haytham.


(Lire aussi : Idleb n’est pas Alep, mais...le commentaire d'Anthony Samrani)


Achats avant le Fitr
La pression s’accentue dans la région sud d’Idleb, bombardée « nuit et jour » par les aviations syrienne et russe. Une rue commerçante à Maarat al-Noumane a ainsi été prise pour cible hier en début d’après-midi, entraînant la mort d’au moins quatre personnes, dont une femme et une fillette. « Quatre bombes ont été larguées dans le souk et sur les habitations. C’est la panique dans les rues, outre les martyrs, il y a des dizaines de blessés », témoigne Abadat Zekra, chef de section de la Défense civile de la ville, contacté via WhatsApp. Les bombardements se sont concentrés sur la rue Corniche, alors qu’un grand nombre de civils étaient présents. « Quand ce ne sont pas les hôpitaux, ce sont les souks qui sont visés. Cette rue commerçante est prise d’assaut quotidiennement car c’est là où les habitants des villages voisins, notamment ceux de Jabal Zawiya, viennent faire leurs achats. Et à l’approche de la fête du Fitr, il y a de plus en plus de monde dans les rues », témoigne Ahmad, également contacté. La semaine dernière, l’esplanade de la Grande mosquée, à une trentaine de mètres de là, avait été bombardée. « Ce régime meurtrier cible expressément les zones bondées », déplore Ahmad. Farid, un activiste de la ville, a perdu sa tante dans le bombardement d’hier, qui a également ravagé son habitation. « Nous n’avons plus rien et ma petite sœur Marwa a été blessée à la tête et aux jambes », confie-t-il. Dix jours plus tôt, la petite fille, très active sur Twitter, décrivait sa région, vidéo à l’appui, victime de bombardements incessants réduisant en miettes les habitations. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), l’offensive aurait fait plus de 771 morts, dont 230 civils, depuis le 30 avril dernier. Des dizaines de milliers de personnes auraient fui les bombardements pour se réfugier plus au Nord.


(Lire aussi : La Turquie, dos au mur)


« Saraqeb est moins visée que d’autres villes de la région, d’où les civils sont contraints de fuir et finissent par se réfugier dans des écoles ou des champs d’oliviers », déplore Walid Abou Rached, un marionnettiste originaire de la ville. Les enfants sont les premières victimes de cette campagne contre la région où vivent plus de 3 millions d’habitants, dont la moitié seraient des mineurs. « Lors du Fitr, je vais passer trois jours dans les camps de déplacés pour apporter un peu de bonheur à ces enfants qui ne comprennent pas pourquoi ils sont pris pour cible. J’espère les faire sourire afin qu’ils oublient la tragédie humaine dans laquelle nous sommes pris au piège », poursuit l’artiste.

« Mon petit de deux ans associe directement le bruit des avions à une explosion. La plupart du temps, mes enfants jouent à la cave. Je les promène un quart d’heure aux aurores afin de ne prendre aucun risque », déplore de son côté Ahmad à Maarat al-Noumane. 


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Wlek Sanferlou

Très bonne politique...euh, surtout quand on l'applique chez soi...
à malin mal à tous!!

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