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À l’affiche

« Cold War » : il faut souffrir pour faire du beau

En lice pour l’oscar du meilleur film, le dernier film du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, qui a obtenu la Caméra d’or à Cannes, rend à l’éternel récit de l’amour impossible ce que sa dureté a de plus sublime.

L’affiche du film « Cold War » de Pawel Pawlikowski. Photo DR

Sous le totalitarisme de l’Union soviétique, si la musique n’avait de place que dans la propagande, l’amour n’avait peut-être rien d’autre que quelques espaces interdits, muets, volés, arrachés au temps, parfois même au péril de sa propre vie. Le bloc communiste, l’Allemagne divisée, la menace du goulag, la censure et la propagande, la libération contrastée des amours à Paris : tels sont les contextes qui font de Cold War, du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, le récit d’un amour sacrificiel.

Wiktor, pianiste polonais expérimenté, parcourt la campagne de son pays en quête des talents qui formeront son nouvel orchestre folklorique. Il y découvre, comme une rose parmi les orties, le charme caractériel de Zula, jeune femme au trouble passé. S’ensuit alors, dans les coulisses de leur tournée, un amour aussi évident que secret. Usant de la guerre froide comme toile de fond, Cold War joue d’un contexte historique bien connu pour illustrer un amour intarissable, en dépit des frontières, censures, répressions et contrôles qu’incarne l’État soviétique. Leur relation devient, à travers le temps et les pays, une lente et douloureuse course poursuite exigeant des sacrifices toujours plus graves. Et quand bien même Zula parvient à retrouver Wiktor dans un Paris affranchi de l’ordre communiste, la frustration et le manque perdurent, leur amour continue à leur échapper. Et ainsi, le récit de Cold War s’étend bien au-delà d’une simple opposition entre les lois du monde et l’amour de deux individus. Il s’agit plutôt pour Pawlikowksi de s’appliquer à une étude de l’amour pur qui, autant qu’il est inépuisable, se condamne à être insatiable.


Ces silences si éloquents...
Dans cette quête fatale de la possibilité même de s’aimer, il y a une beauté tragique dont Cold War est une illumination magistrale. Comme pour montrer que l’amour n’a besoin de rien d’autre que de lui-même pour exister, Pawlikoswki prend des choix radicaux et dépeint la vie de Zula et Wiktor non seulement en noir et blanc, mais aussi entre les bords étriqués d’un cadre carré qui perdure durant tout le film. Dans un monde où l’espace est restreint et que les couleurs ont quitté, c’est également le silence qui habille le film : le silence de la censure des musiciens, le silence de l’hiver est-européen, le silence des échanges de regards étincelants de Zula et Wiktor. La dureté impeccable des plans se mêle à celle des visages, et l’univers visuel de Pawlikowski n’a de chaleur et de lumière que les yeux brillants du couple qui s’aime et les vibrations de la musique qu’ils créent ensemble. Tant de procédés orchestrés avec tant de cohérence aboutissent à un sentiment de sublimation, ancré dans la sensibilité du spectateur plutôt que dans les mots et les pensées.

Le titre du film, loin d’une simple référence au contexte historique, peut se lire comme une accusation de ce qu’est l’amour : pour Pawlikowski, l’amour est une guerre froide. Un combat silencieux à la poursuite d’affranchissement, de liberté, à travers le temps et les frontières, dans un monde qui semble s’éteindre chaque jour un peu plus. Faire le récit de ce combat avec la justesse dont relève Cold War, c’est finalement donner à voir de la façon la plus tangible et compréhensible la douleur d’un monde coupé en deux.


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