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Moyen Orient et Monde

Ankara « achève » ses préparatifs militaires contre les YPG

offensive

Une éventuelle intervention de la Turquie dans le Nord syrien pourrait envenimer ses rapports, déjà délicats, avec les Américains, mais aussi avec les Russes.

30/01/2019

Ankara s’impatiente. Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, a affirmé hier que les préparatifs de l’armée turque pour une intervention miliaire à l’est de l’Euphrate, dans le Nord syrien, étaient « achevés », ajoutant que « les démarches nécessaires seront entreprises à Manbij et à l’est de l’Euphrate, au bon moment », sans toutefois donner plus de précisions sur le jour exact de l’offensive ni sur les moyens qui seront déployés.

Une semaine après la fin de non-recevoir essuyée par Recep Tayyip Erdogan lors de sa visite à Moscou au sujet de la création d’une « zone militarisée » d’une trentaine de kilomètres dans le Nord syrien, proposée la veille par Donald Trump et demandée par la Turquie depuis plusieurs années, cette dernière semble vouloir prendre les devants en mettant davantage de pressions sur les Occidentaux mais aussi sur le Kremlin. Au lendemain de la visite du reïs, face à une Russie qui n’a pas souhaité donner raison à M. Erdogan, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a affirmé que la Turquie pouvait mettre en place « seule » cette zone démilitarisée et qu’elle veut « prendre les mesures nécessaires ».

L’agitation de la menace d’une intervention turque dans le Nord n’est toutefois pas nouvelle. Le Sarayi évoque depuis plusieurs mois une offensive « de grande ampleur » destinée à « nettoyer » la frontière turco-syrienne de la présence armée kurde. Elle s’ajouterait à l’opération « Bouclier de l’Euphrate » effectuée en août 2016 déjà contre les bastions kurdes du Nord syrien, et compléterait « Rameau d’olivier », lancée en janvier 2018 et qui a abouti à la prise du bastion de Afrine, dans le Nord-Ouest, en mars 2018. L’annonce surprise du retrait américain de Syrie le 19 décembre dernier, synonyme pour les Turcs de « voie libre » pour une intervention contre les Kurdes, couplée avec la perte de la région d’Idleb, reprise par les jihadistes du groupe Hay’at Tahrir al-Cham (HTC, ex-branche d’el-Qaëda en Syrie), semblent toutefois avoir encore plus motivé Ankara qui entend maintenant se focaliser sur les YPG. C’est après tout leur dernier prétexte pour rester dans le giron des grands acteurs présents sur le terrain syrien. La Turquie ne peut néanmoins intervenir dans le Nord qu’avec l’aval des Russes, ce qui n’est pour l’instant pas le cas.


(Lire aussi : Ankara dit pouvoir créer seul une "zone de sécurité" en Syrie)


Risque diplomatique et militaire
« Erdogan veut montrer qu’il est déterminé et qu’il veut aller jusqu’au bout de son ambition en exerçant des pressions sur les Occidentaux, mais aussi sur Moscou. Mais une intervention reste compliquée compte tenu de la présence conséquente des Russes dans le ciel syrien », explique Bayram Balçi, enseignant à Sciences Po et spécialiste de la Turquie, contacté par L’Orient-Le Jour. « On peut, à la limite, imaginer une petite incursion de quelques kilomètres vers l’est de l’Euphrate pour satisfaire l’opinion publique turque, mais même celle-ci aurait besoin de l’aval des Russes », ajoute-t-il. D’un point de vue politique, Recep Tayyip Erdogan a besoin de cette offensive, notamment dans le cadre des prochaines élections municipales de fin mars pour rallier les camps nationalistes à sa cause et conserver son image de défenseur incontestable de son pays. Une éventuelle intervention turque pourrait enfin être risquée pour le reïs.

Ankara et Washington entretiennent depuis des mois des relations en dents de scie, notamment en raison de leurs divergences sur le terrain syrien et surtout de la question kurde. Les forces des YPG sont jugées dangereuses et menaçantes pour Ankara, mais elles sont soutenues par les Américains dans le cadre de la lutte contre le groupe État islamique, ou du moins ce qu’il en reste. De l’autre côté, Turcs et Russes se sont beaucoup rapprochés ces dernières années, et en particulier depuis 2016. Les représentants des deux pays ont par ailleurs des rencontres régulières dans le cadre du processus dit « d’Astana » avec leur partenaire iranien. « S’ils interviennent sans l’aval des Russes, ils risquent de se fâcher avec eux. Et Erdogan ne peut pas se permettre, surtout actuellement, d’être en confrontation avec les Américains d’un côté et les Russes de l’autre », poursuit M. Balçi. Une éventuelle offensive pourrait également s’avérer très coûteuse financièrement et humainement. L’armée turque a déjà perdu entre 50 et 80 soldats entre le début de l’opération « Rameau d’olivier » et la prise du bastion de Afrine, en mars 2018. Les chiffres variant entre ceux communiqués par l’armée turque et ceux de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

La Turquie semble ainsi destinée à attendre encore quelque temps avant de se lancer à l’assaut des Kurdes, mais aussi à s’attendre à d’autres rencontres avec ses partenaires russes et américains.


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IL VA ETRE PRIS DANS DES SABLES MOUVANTS LE MINI SULTAN !

ON DIT QUOI ?

Hahahaha.... pour la 1ere fois de son histoire l'otan malfaisant connaîtra sa 1ere rébellion.

Ne DÎTES pas que ça déplairait aux RUSSES , allons un peu de sérieux, les russes se delecteront de ce conflit qui arrangera ses affaires et avisera par la suite de comment dompter la " bête turque ".

Pour l'instant on se régale.

Sarkis Serge Tateossian

On verra comment ça va finir avec ce sultanet qui ne cesse de défier les grands.

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