Rechercher
Rechercher

Entretien

Lina Zakhour et ces femmes étrangères dans leur propre Liban...

Avocate à la Cour, consultante et spécialiste du discours et de la rhétorique, et enseignante à l’université, elle avait déjà sorti un ouvrage intitulé « Moi et la loi au Liban »* (2013). Aujourd’hui, elle est de retour sur la scène littéraire avec son premier roman.

Lina Zakhour. Photo DR

Le(a) principal(e) protagoniste de l’histoire, au sens propre comme au figuré, c’est Imane, « foi » en arabe. À travers les déboires sentimentaux qu’elle traverse, c’est l’histoire complexe libanaise de ces dernières décennies qui est décrite. Personnage haut en couleur, entretenant une relation amour/désamour avec son pays, Imane s’interroge, s’inquiète, se révolte contre une société libanaise qui, au fur et à mesure que le récit progresse, lui apparaît de plus en plus dénuée de sens…

Vous n’êtes pas tendre vis-à-vis de la société libanaise qui est décrite comme contradictoire, superficielle, patriarcale. Ce recul que vous possédez, vous le tenez d’où ?

L’action se déroule dans le Liban d’après-guerre, dans le Liban de la paix. Imane, l’héroïne du récit, dit qu’elle se sent étrangère dans son propre pays. C’est une femme libre, avec sa propre échelle de valeurs, qui a mené combat après combat. Elle a voulu croire en ce Liban de paix, en cet État qui allait enfin être construit, à la possibilité de vivre et d’aimer l’autre librement.

Mais elle réalise que l’État de droit est imparfait, et que c’est encore un pays où il faut faire des concessions, ce qu’elle n’accepte pas, préférant s’accrocher à ce qui, à ses yeux, est le plus important : ses valeurs. Mais où donc ont été façonnées ses valeurs ? Partiellement au sein de son pays, qui finalement fait partie d’elle. Alors, elle n’en dresse pas un bilan tendre, parce que c’est aux gens que l’on aime le plus que l’on dit la vérité. Pour faire évoluer le pays, il faut lui asséner ses quatre vérités.

Dans quelle mesure Imane est-elle représentative d’une certaine réalité ?

Il y a au Liban toute une génération de jeunes qui sont éduqués, qui ont des valeurs... Ce n’est pas la génération plus âgée qui a vécu la guerre, ni la génération plus jeune née après la guerre : il s’agit de ceux qui sont nés pendant la guerre. Souvent, la réalité de leur quotidien ne leur ressemble pas. Ils aiment ce pays avec leurs tripes, mais il y a toute une série de choses qu’ils ne veulent pas accepter.

Le roman reprend tous leurs combats depuis les années 2000, au cours desquelles ils sont descendus dans la rue, plein d’espoir, donner de la voix pour un pays qu’ils espéraient arranger.

Mais certains se sont arrêtés, sont retournés en arrière en se disant « c’est une vie de combat que je mène là. Est-ce qu’il ne faudrait pas mieux que je m’arrête là ? ». Ces gens tanguent entre amour et désamour, d’où la métaphore du couple qui évolue en parallèle. Un homme et une femme de religion différente, à l’image des citoyens faisant partie de dix-huit communautés religieuses distinctes.

Imane voudrait que cette belle idée humaine réussisse, que cette histoire d’amour soit exemplaire. Au Liban, on n’y est pas encore arrivé, alors qu’il pourrait s’agir d’un pays message pour le reste du monde. Imane n’est pas un discours politique : un discours politique est nourri de langue de bois. Imane est un roman d’amour.

Imane oscille entre partir ou rester, même si on sait bien qu’elle ne quittera pas son pays. Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce personnage ?

Elle est passionnelle Imane, elle est passionnée, et il en faut pour vivre dans ce pays. Si Imane avait voulu partir, je pense que je n’aurais pas écrit ce roman. Son prénom, Imane, veut dire foi en arabe et ça n’est pas par hasard : avec la foi, on peut déplacer des montagnes. Ce nom, je l’ai aussi choisi parce que la foi renvoie aux croyances religieuses de chacun, essentielles, puisque l’on sait que chacun a sa vision du monde sur ses croyances.

Dans son pays, le champ des possibles est réduit : les citoyens font passer l’intérêt de leur propre communauté religieuse avant l’intérêt de la nation. La cohabitation est là, mais il y a une barrière qui n’a pas encore été franchie. Pour Imane, l’adjuvant se trouve dans les mentalités. Si elle tape fort, c’est parce qu’elle a conscience du désamour ambiant et du nombre de gens qui partent. C’est un cri d’alarme qu’elle lance en pointant du doigt une certaine répétition de l’histoire récente : elle aussi a pu appartenir à des foules sentimentales, s’attacher à un leader, mais maintenant c’est fini. On ne peut pas reprendre les mêmes chemins de traverse dans lesquels les aînés se sont perdus. C’est un livre sur l’humain qui a décidé de ne plus réfléchir à toutes ces questions d’une manière politique. Elle ne veut pas faire sienne sa réalité, mais veut faire réagir.

Imane est le livre d’une génération qui, si elle le veut, pourrait avoir encore des lendemains qui chantent.

*Dans le cadre du Salon du livre au BIEL, Furn el-Chebback, Lina Zakhour dédicace son roman le dimanche 11 novembre à 18h sur le stand de la Librairie Antoine. Par ailleurs, une rencontre/débat avec l’auteure aura lieu à 19h en présence de l’écrivain Alexandre Najjar et de l’éditorialiste Fifi Abou Dib dans la salle 1 (Antoine Sfeir).


Le(a) principal(e) protagoniste de l’histoire, au sens propre comme au figuré, c’est Imane, « foi » en arabe. À travers les déboires sentimentaux qu’elle traverse, c’est l’histoire complexe libanaise de ces dernières décennies qui est décrite. Personnage haut en couleur, entretenant une relation amour/désamour avec son pays, Imane s’interroge, s’inquiète, se...

commentaires (0)

Commentaires (0)