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Culture

L’art prend l’air en bord de mer

Beirut Art Fair

Pour sa 9e édition, la BAF consolide son statut de rendez-vous incontournable avec une édition étoffée et un plus grand nombre de galeries (libanaises et internationales) participantes qui dévoilent leurs artistes sur une surface plus généreuse au Seaside Arena, avec un focus sur la photographie.


Danny MALLAT | OLJ
22/09/2018

Plantée au Seaside Arena (ancien BIEL) sur le nouveau front de mer de Beyrouth, la Beirut Art Fair accueille, jusqu’au dimanche 23 septembre, 53 galeries d’art qui exposent près de 250 artistes avec plus de 1 600 œuvres sur 5 500 m², une surface supérieure de 45 % à celle de l’année précédente, scénographiée par Patrick Boustani. Ambitieuse et étoffée, cette 9e édition (inaugurée le 19 septembre) est également placée sous le signe de la variété. Tour d’horizon de ce bal annuel des arts qui attend 32 000 visiteurs.


On abat les frontières

Il est de coutume lorsque l’on visite une foire de suivre un itinéraire précis, le plus logique, celui qui vous prend de la porte d’entrée, qui vous incite à suivre les allées, à faire quelquefois des allers-retours, avec souvent un arrêt qui s’impose face à une œuvre qui interpelle, surprend ou interroge. Mais en 2018, le parcours de la BAF s’impose... à l’envers.

Car c’est tout au fond de l’espace que se situe le centre de gravité de la foire. Tarek Nahas, avocat d’affaires, amoureux de la photographie, curateur d’expositions et grand collectionneur du 8e art, y investit 500 mètres carrés et prend le parti de réunir des œuvres d’artistes photographes classées sous trois thèmes différents : Documents, Intime et Territoire. Le titre de l’exposition, Across boundaries, renvoie à de multiples interprétations. Il n’est pas question de retracer l’histoire de la photographie libanaise, mais de repousser les limites et les frontières de l’art afin de démontrer que le photographe est un medium à part entière, qui dialogue avec les autres formes artistiques et peut aspirer à autant de reconnaissance. Sur son terrain, les artistes locaux parlent du Liban en toute liberté. Mis à part quelques voyageurs qui ont abordé la photographie dans les années 1900, l’exposition regroupe des artistes photographes, plasticiens, et même des peintres qui ont posé leur regard-lentille sur une période ou un moment-clé de l’histoire du Liban. Toutes les œuvres proviennent de grands collectionneurs ou d’institutions respectables qui se sont prêtés au jeu et ont offert leurs œuvres le temps de la foire. La section Documents englobe le photojournalisme en temps de guerre ou celui d’après-guerre. De l’autobus de Aïn el-Remmané aux centaines de voitures piégées responsables d’un chaos humanitaire longtemps imposé, des postes de francs-tireurs aux murs tagués du drapeau libanais et criblés de balles dont on a mis longtemps à oublier les sons macabres, les blessures se réveillent et se cicatrisent par la force de l’art. L’humour n’est pas à négliger face à ces miliciens arborant des masques façon sainte Barbe ou cet autre combattant caressant d’une main l’innocence d’un chat tout en étant prêt à dégoupiller de l’autre main sa grenade, pour abattre l’innocence humaine. Le moment s’est arrêté pour Hady Sy le jour d’un de ces innombrables attentats qui ont endeuillé le pays. Tandis que pour Fouad Elkoury, l’heure est à la reconstruction.

La section Intime se pare des plus beaux portraits de famille, tantôt retouchés et tantôt brodés. C’est ainsi que Raëd Yassine a rhabillé les femmes d’une époque monochrome avec une kyrielle de fleurs bigarrées exécutées au point de croix ou d’arête. Le résultat est surprenant et novateur. Mars 1978 est réinterprété façon Akram Zaatari qui s’est aussi réapproprié les images du studio de photographe de Hachem el-Madani et les a modifiées à sa manière. Quant à Ziad Antar, il redéveloppe ses photos expirées, peut-être pour nous convaincre que les années misères sont derrière nous. L’espace Territoire se place géographiquement en périphérie de toute l’exposition, et dans une mise en abîme astucieuse, Roger Moukarzel habille tout un mur en photographies lumineuses pour représenter les intérieurs des photographes, et le voyage tire à sa fin, du moins une partie, celle de l’histoire libanaise à travers la photographie.


(Re)découvertes

Après avoir fait un arrêt imagé en « terre de photographies », le visiteur de la foire ira à la pêche aux nouvelles découvertes artistiques, signalées notamment dans la section Revealing by SGBL, qui propose aux galeries locales et internationales de mettre le projecteur sur des jeunes talents en devenir, comme Paul Merhy (Liban), Ieva Saudargaité Douaihi (Liban/Lituanie), Gita Davari (Iran), Sami Haj (Liban), Fouad Agbaria (Palestine), O’Maurice Mboa (Cameroun) ou Akil Ahmad (Syrie).

Signalons également une plongée dans le monde du street à travers les figurine de l’américain KAWS.

La foire propose par ailleurs un programme VIP comprenant visites d’ateliers, de collections privées et de musées à travers tout le Liban. Une série de conversations, entretiens, échanges et débats sont également organisés autour de l’art moderne et contemporain de la région.

En parallèle à la BAF, la Beirut Art Week (qui se tient jusqu’au 25 septembre avec le soutien des ministères de la Culture et du Tourisme, ainsi que de la municipalité de Beyrouth, de Solidere et des boutiques participantes), dirigée par Marie-Mathilde Gannat, propose un circuit artistique à travers la ville, à la rencontre d’artistes prenant possession de certaines prestigieuses boutiques de son centre-ville.

Si chacun possède un goût qui lui est propre, toute cette dynamique ne peut pas être abstraite d’une époque. Il est ainsi difficile d’échapper à son temps. Aujourd’hui, il s’agit d’un regard qui ne fait qu’évoluer. Visiter la Beirut Art Fair, c’est regarder de tous vos yeux pour décider de quel œil vous êtes en art. Après une immersion dans le passé, à travers aussi la rétrospective Paul Guiragossian, retour à l’actualité des galeries, avec les grands artistes qu’on ne se lasse pas de retrouver ou encore certaines œuvres inconnues mais surprenantes et qui valent le détour.


L’hommage à Guiragossian

La rétrospective qui est dédiée à Paul Guiragossian au sein de la BAF est conçue en collaboration avec la Fondation Paul Guiragossian. L’événement se construit autour de la dernière monographie à paraître, conduite par Sam Bardaouil et Till Fellrath, qui lui est consacrée, et qui rassemble un nombre impressionnant d’archives photographiques et journalistiques permettant de dresser d’une manière quasi scientifique le portrait de l’œuvre et de l’homme. Ces documents, complétés par des enregistrements sonores et vidéo, sont présentés pour la première fois au public dans le cadre de l’espace Lebanon Modern ! de la foire.

Les coups de cœur de « L’Orient-Le Jour »

Les sculptures d’Ahmed Askalany à la Mashrabia Gallery of Contempory Art.

L’œuvre imposante de Zad Moultaka à la Galerie Janine Rubeiz.

La toile expressionniste de Bahram Hajou à la Galerie Aïda Cherfane Fine Art.

L’œuvre ludique et créative de Farshid Davoodi à la Galerie Art Lab.

Les 2 œuvres Playing music de Rokni Haerizadeh à la galerie In Situ-Fabienne Leclerc.

La toile Approche 4 d’Aurélie Petrel à la galerie Gowen Contemporay.

L’œuvre de Chawki Chamoun, Sannine the love mountain, à la galerie Mark Hachem.

La toile All divided equally de Basir Mahmood à la Galerie Letitia

L’œuvre La Gondole de Thierry de Gorostarzu à la Galerie Cheriff Tabet.




Pour mémoire
La Beirut Art Fair devenue un véritable écosystème


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