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Reportage

À Damas, le calvaire des Syriens privés d’eau depuis une semaine

Rebelles et régime s'accusent mutuellement d'être responsables de la pénurie.

Photo d’archives d’un jeune Syrien essayant de boire quelques gouttes d’eau s’échappant d’un tuyau, dans la Ghouta orientale, près de Damas, en juin 2016. Bassam Khabieh/Reuters

Près d'une église du vieux Damas, une longue file d'attente s'est formée devant un camion-citerne : hommes, femmes et enfants se pressent pour remplir leurs bidons d'eau dont la capitale syrienne est privée depuis une semaine.  « Je ne peux pas porter plus d'un bidon, mes deux fils vont venir dans pas longtemps avec un jerrican chacun, comme ça on aura assez d'eau pour deux ou trois jours », assure Abou Assaad Hawasli, vêtu d'un épais pull-over de laine. « Cela fait une heure que j'attends », se plaint ce quinquagénaire.

La pénurie d'eau à Damas serait la conséquence de combats entre régime et rebelles dans la région de Wadi Barada, au nord-ouest de la capitale syrienne, où se trouve sa principale source d'eau. Les belligérants s'accusent mutuellement d'être responsables des pénuries. Et, malgré un cessez-le-feu globalement observé dans toute la Syrie, en vertu d'un accord parrainé par la Turquie et la Russie, Wadi Barada a connu hier de nouveaux affrontements.

Depuis son épicerie, Essam Dalati observe la longue file d'attente pour récupérer de l'eau. « Il y a deux jours, j'ai pris 20 cartons d'eau que je garde pour ma famille », confie-t-il avec satisfaction. « Des jours difficiles nous attendent. Rien ne peut remplacer l'eau », déplore-t-il.

 

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Sources prises pour cibles
L'eau du robinet est parfois rétablie l'espace d'une ou de deux heures, tous les trois jours, selon un correspondant de l'AFP à Damas. Alors pour pallier la crise, des camions-citernes distribuent de l'eau tirée des puits de réserve de la capitale, en alternance dans les différents quartiers.

Quatre millions de personnes à Damas et dans ses environs ont été coupées du principal réseau d'adduction d'eau depuis le 22 décembre, selon le bureau de coordination des Affaires humanitaire de l'Onu (Ocha). « Deux sources principales d'eau potable – Wadi Barada et Aïn el-Fijé –, qui fournissent de l'eau propre et saine à 70 % de la population de Damas et de ses environs, ne fonctionnent plus, après avoir été délibérément prises pour cibles », souligne l'Ocha qui évoque « des infrastructures endommagées », sans désigner de responsable.

Le régime a lancé la semaine dernière une offensive contre des territoires rebelles à Wadi Barada. Des infrastructures de la station de pompage ont été endommagées. Insurgés et régime se rejettent toutefois les responsabilités.

 

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Eau « contaminée »
« Les groupes armés ont contaminé au diesel la source de Aïn el-Fijé et de grandes quantités se sont répandues vers Wadi Barada », a indiqué un responsable militaire du régime sous le couvert de l'anonymat. Les rebelles ont ensuite « entièrement coupé l'eau de Damas pour faire pression sur l'armée et obtenir l'arrêt des opérations militaires », a poursuivi ce responsable.

La pénurie d'eau risque de se prolonger à Damas. Même après une victoire de l'armée, il faudrait attendre environ dix jours pour permettre aux autorités de « réparer les dommages causés à la station de Aïn el-Fijé », confie un responsable gouvernemental.

Conséquence de cette situation, dans sa boutique du quartier périphérique de Mazzé, Abou Hassan est débordé par l'afflux de clients tandis que son téléphone sonne sans interruption.
Comme ils ne peuvent pas faire la vaisselle, des dizaines d'hommes et de femmes sont venus acheter des assiettes et des couverts jetables. « En deux jours, on a vendu plus que ce qu'on faisait en un mois, confie Abou Hassan. J'ai épuisé tous mes verres en plastique, mais je ne suis pas content de voir la tristesse dans les yeux des gens. »

Dans sa boutique, Hawra', 28 ans, attend d'être servie en consultant sa liste de courses. « Ça fait une semaine que je n'ai pas d'eau à la maison, se plaint-elle. Je dois attendre d'aller au travail pour passer aux toilettes. » Un luxe dont ne dispose même pas Abdallah Raï. En arrivant sur son lieu de travail, dans le centre de Damas, un panneau est affiché sur la porte des W-C : « Hors service. »


Près d'une église du vieux Damas, une longue file d'attente s'est formée devant un camion-citerne : hommes, femmes et enfants se pressent pour remplir leurs bidons d'eau dont la capitale syrienne est privée depuis une semaine.  « Je ne peux pas porter plus d'un bidon, mes deux fils vont venir dans pas longtemps avec un jerrican chacun, comme ça on aura assez d'eau pour deux ou trois...

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