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Liban

Un monde sans torture est-il concevable ?

Droits de l’homme

Le Liban était présent, à travers l'association « Restart », à un symposium international sur la torture qui vient de se tenir au Mexique.

Fady NOUN | OLJ
24/12/2016

La pratique de la torture s'étend et se banalise. Au nom de la sécurité, toutes les violences sont permises, et même justifiées. Certes, l'exercice de la violence est constitutif de tout régime politique. Mais quelles sont les limites de la violence qu'un État, ou tout autre groupe organisé, est en droit d'exercer ? Un monde sans la torture est-il concevable ? C'est là toute la problématique des droits de l'homme face à un système d'autorité, et d'abord celui de l'État.

Loin d'être théorique, ce sujet touche à la vie quotidienne de dizaines de milliers d'hommes et de femmes dans le monde, y compris au Liban, comme a pu le constater récemment, et le documenter – phase essentielle de la lutte contre la torture – l'organisation Human Rights Watch (HWR) (lire L'Orient-Le Jour du 22 décembre). Face au tout-sécuritaire, il est des associations qui luttent contre la torture et veulent, au nom de la démocratie, de l'égalité et de la solidarité, en obtenir la pénalisation.

Près de 400 travailleurs de 74 pays, venus de 152 centres de réhabilitation affiliés à l'International Rehabilitation Council for Torture Victims (IRCT), se sont retrouvés récemment en symposium, à Mexico (4-9 décembre), pour un moment de mise en commun et de fédération des efforts, le premier qu'ils prennent depuis dix ans. Le Liban y était présent à travers l'ONG Restart, fédérée à l'IRCT. La délégation comprenait Suzanne Jabbour, directrice exécutive de Restart et présidente sortante de l'IRCT, le Dr Sana Hamzé, élue vice-présidente, Carmen Hamadé, Éliane Azar-Arida et Philippe Noun.

 

(Lire aussi : Réfugié syrien torturé : Aoun veut la vérité et l’armée livre sa version des faits)

 

Les trois piliers de la lutte
Avec ses 152 centres dans le monde, l'organisation IRCT est la plus large instance internationale de société civile engagée dans la lutte contre la torture. Le champ d'action de ce réseau s'étend aux trois piliers essentiels de cette lutte : la prévention, la réhabilitation et la reddition des comptes des États qui la pratiquent.

Ces trois niveaux sont également le domaine d'action de Restart, qui fonctionne avec des fonds internationaux, notamment de l'Union européenne. Sa présence au Liban n'est d'ailleurs pas sans objet, puisque selon les chiffres les plus récents (voir L'OLJ du 16 décembre 2016), environ 60 % des personnes arrêtées sont soumises à la torture, ou sinon à des formes graves de mauvais traitements, en particulier au stade des enquêtes préliminaires.

Les participants au symposium étaient à 70 % des praticiens de profession. Une centaine de thèmes y ont été abordés, au nombre desquels figure la torture à large échelle pratiquée en Syrie depuis le soulèvement de 2011, celle qui se pratique dans les camps de transit vers l'Europe, celle dont souffrent les migrants d'Amérique centrale et celle que subissent les survivants du centre de détention de Guantanamo (Cuba), géré par la CIA.

 

(Lire aussi : Rapport accablant du CLDH sur la torture dans les centres de détention)

 

Le bon moment
Ce symposium ne pouvait se tenir à un meilleur moment pour la cause qu'il défend, assurent ses organisateurs. En effet, la torture continue d'être largement pratiquée à travers le monde. C'est ainsi qu'Amnesty International a documenté des cas de torture dans plus de 140 pays, alors que le pourcentage de personnes torturées ayant accès à des centres de réhabilitation reste relativement réduit.

Ce symposium était le premier à examiner en détail, et de façon interdisciplinaire, les voies à suivre pour assurer aux victimes le droit à une réhabilitation honorable telle que prévue par la « Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » de l'ONU.

L'État en effet, qui est souvent mis en cause dans la pratique de la torture, a le devoir d'assurer les traitements de réhabilitation aux victimes. Reconstruire des vies brisées exige temps, traitements de longue durée d'ordre médical, psychologique et social, insiste le secrétaire général de l'IRCT, Victor Madrigal-Borloz.

 

(Pour mémoire : Lassen salue les efforts fournis par le Liban dans la lutte contre la torture)

 

La torture en Syrie
Les participants à ce symposium provenaient de divers domaines de spécialisation (médecins et psychologues, chercheurs, avocats, organismes de financement et décideurs). Au nombre des présentations-phares du symposium figurait celle de l'avocate des droits de l'homme Christy Fujio, responsable d'une équipe d'avocats et de médecins ayant travaillé en Syrie au cours des trois dernières années. L'équipe a rassemblé des documents accablants, couvrant les six années de guerre civile qui ont ravagé la Syrie depuis 2011. Un solide dossier a été constitué par cette activiste, qui sera rendu public à la fin du conflit, et sur base duquel des poursuites pourraient être engagées.

Mme Fujio assure en particulier que le plus grand défi que doivent relever les acteurs engagés dans la documentation des cas de torture est d'assurer l'équilibre psychologique non seulement des victimes, mais aussi des équipes elles-mêmes.

Une autre présentation centrale du symposium a porté sur le cas d'un « survivant » du centre de détention de Guantanamo (Cuba) de la CIA. Le cas de Mustafa el-Hawsawi, détenu depuis 2006, emblématique des traitements inhumains réservés aux terroristes qui y sont incarcérés, a été exposé par deux membres de son comité de défense, le Dr Mitch Robinson, du département américain de la Défense, et le Pr Jess Ghannam, de l'Université de Berkeley.
Enfin, le symposium devait écouter un rapport sur le cas des 43 étudiants disparus d'Ayotzinapa, au Mexique, des jeunes gens présumés liquidés par le cartel de la drogue.

Dans l'ensemble, le symposium a été conçu pour réagir à la tendance des centres de réhabilitation à travailler en vase clos, afin de développer une approche qui soit exhaustive et faire avancer un dossier sensible, face à une résurgence de la torture que beaucoup justifient à nouveau, au nom de la sécurité. Le symposium devait élire le Dr Sana Hamzé, psychothérapeute et directrice de la section traitement et réhabilitation de Restart (Liban) comme nouvelle vice-présidente de l'IRCT.

 

 

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