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Liban

Jean-Paul Laborde : Il n’y a pratiquement plus d’États qui soutiennent le terrorisme

Interview

La réponse à la menace ne peut être que multilatérale et mondiale, affirme le directeur exécutif du Comité contre le terrorisme à l'Onu.

24/11/2016

En visite au Liban où il a rencontré les magistrats et hauts fonctionnaires de l'appareil judiciaire, Jean-Paul Laborde, directeur exécutif du Comité contre le terrorisme (CTED) relevant du Conseil de sécurité de l'Onu, a fait le point avec L'Orient-Le Jour sur la mission de l'instance qu'il dirige et ses principales réalisations à ce jour.

Formé des 15 membres du Conseil de sécurité, le Comité de lutte contre le terrorisme est chargé d'apporter les outils nécessaires aux pays concernés en vue du renforcement de leur capacité juridique et institutionnelle de lutte contre les activités terroristes.
Dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, cet ancien juge à la Chambre criminelle de la Cour de cassation en France, rompu au système pénal français pour avoir notamment occupé les fonctions de procureur et chef de l'Inspection des services pénitentiaires, a passé en revue les mécanismes mis en place par le comité pour contrer les principaux défis que pose le terrorisme globalisé. L'accent est mis sur la coopération et l'assistance technique que l'organisation onusienne met à la disposition des pays où s'est niché le terrorisme, mais aussi dans ceux où il risque de se propager.
Véritable globe-trotter, cet ancien magistrat sillonne, avec les membres de son équipe, le monde entier pour écouter, évaluer et conseiller en matière de lutte contre le terrorisme. À ce jour, 107 pays ont accueilli les membres de la direction exécutive du comité, parfois à plusieurs reprises. C'est toutefois la première fois que l'équipe se rend à Beyrouth, une visite qui doit être placée sous le signe « du dialogue et des conseils », comme le précise M. Laborde, qui s'est également entretenu avec le ministre démissionnaire de la Justice, Achraf Rifi.

Comment définissez-vous la mission du Comité contre le terrorisme ?
Notre tâche consiste à évaluer les efforts des pays pour lutter contre le terrorisme, un travail que nous effectuons en collaboration avec plusieurs institutions internationales, comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Notre soutien technique se manifeste notamment dans le cadre de la mise en œuvre de lois contre le financement du terrorisme et le blanchiment d'argent. Avec la régression de l'espace géographique jadis occupé par l'État islamique (aussi bien en Irak qu'en Syrie), nous constatons désormais une recrudescence des crimes organisés destinés à financer l'EI, tels que le trafic d'armes, de drogue, d'enfants et d'antiquités, d'où la nécessité de mettre en œuvre toute une batterie de législations adaptées.
On peut citer l'exemple de l'Irak, où plus de 32 agences ont été mobilisées par l'Onu pour mettre en place les structures nécessaires et prendre les actions appropriées en vue de l'adaptation de la législation nationale qui doit être compatible avec d'autres législations internationales. Notre travail consiste également à encourager et à assister la mise en place de systèmes de coordination entre les différents services et instances concernés par le terrorisme, comme la police et la gendarmerie, par le biais de la création de comités nationaux de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent. Le système a déjà été mis en place au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Kazakhstan.

Quel bilan peut-on tirer aujourd'hui de la lutte contre le terrorisme ? Quels sont les États qui y sont encore récalcitrants ?
Il y a de grandes tendances dans la lutte contre le terrorisme. Actuellement je ne vois pas d'États qui très clairement et officiellement soutiennent le terrorisme. On n'est plus dans la phase d'antan où certains États pouvaient se le permettre. Le phénomène a changé. Il ne faut pas voir le problème sous l'angle étatique, mais plutôt sous l'angle de la menace qui est aujourd'hui polymorphe, en ce sens qu'elle vise tous les États et personne n'en est exempt. La question fondamentale est que le terrorisme a un visage, celui des victimes.
Il faut également savoir que le terrorisme, qui était jadis plus centré, devient aujourd'hui plus étendu et plus personne n'y échappe. La plupart des pays du monde en ont pris conscience. Par conséquent, au niveau international, la réponse ne peut être que multilatérale et mondiale. Elle inclut les gouvernements, mais aussi la société civile, le secteur privé et les médias. Le Liban joue sa part.

Mais que fait ce comité, plus concrètement, en termes de lutte multilatérale ?
Une fois qu'on a évalué la situation dans un pays, des recommandations sont transmises à l'équipe spéciale du secrétaire général chargé du contre-terrorisme. Elle comprend 38 agences, y compris la BM, le FMI et l'ONUDC, les opérations de maintien de la paix et le département des affaires politiques.
Parmi les derniers projets mis en place, celui de l'harmonisation des règles aux frontières, grâce au système de l'Advanced Passenger Information (API), qui suppose la nécessité pour chaque pays de sécuriser les passeports qui doivent être unifiés et lisibles par les machines. Le système permet aux agents des douanes de l'aéroport d'obtenir les informations pertinentes sur les passagers avant même leur atterrissage, à partir du manifeste des passagers. Dans cette optique, l'Organisation internationale de l'aviation civile a été mobilisée. Désormais, la communication entre les pays sera érigée en norme.

Quel est l'objectif de votre visite au Liban ?
Nous sommes venus pour évaluer les besoins et ce qui manque pour que l'appareil judiciaire puisse mieux fonctionner. Ce qui a surtout motivé ma visite, c'est l'effort considérable et organisé qui a été déployé pour absorber une très grande quantité de dossiers pendant une période relativement courte, soit plus de 450 personnes qui ont été jugées dans le cadre des procès liés au terrorisme. Le travail judiciaire accompli au Liban sur ce plan peut servir d'exemple à beaucoup de pays.

Comment évaluez-vous les efforts déployés par le Liban dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ?
Il faut reconnaître que la société libanaise est très intégrante, en ce sens qu'elle a pu absorber un nombre très important de réfugiés sans avoir de problèmes de sécurité majeurs. Cela veut dire que vos institutions marchent bien.

Le Comité contre le terrorisme et sa direction exécutive
Le Comité contre le terrorisme tient son mandat de la résolution 1373 (2001) du Conseil de sécurité, adoptée à l'unanimité le 28 septembre 2001 au lendemain des attentats terroristes perpétrés le 11 septembre aux États-Unis.
Composé des 15 membres du Conseil, le comité est chargé de contrôler l'application de la résolution 1373 qui appelle les États à prendre un certain nombre de mesures afin de renforcer leur capacité juridique et institutionnelle de lutte contre les activités terroristes sur le territoire national, au niveau régional et dans le monde entier. Le comité est soutenu dans sa tâche par une direction exécutive, chargée d'appliquer les décisions politiques du comité et de conduire les évaluations d'experts auprès des États membres.
La direction exécutive du Comité contre le terrorisme comprend une quarantaine de fonctionnaires, dont plus de la moitié sont des experts juridiques qui analysent les rapports présentés par les États dans des domaines comme la rédaction des lois, le financement du terrorisme, le contrôle douanier et des frontières, la police et le maintien de l'ordre, la législation relative aux réfugiés et aux migrations, le trafic d'armes et la sécurité maritime et des transports. Un expert de haut rang des questions des droits de l'homme est également attaché à la direction exécutive du comité.

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