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Moyen Orient et Monde

Viktor Iouchtchenko : « Les Russes vont ramener la Syrie 50 ans en arrière »

Interview

L'ex-chef d'État ukrainien, de passage à Beyrouth, revient sur certains grands dossiers qui font l'actualité.

16/11/2016

L'ancien président ukrainien Viktor Iouchtchenko effectuait il y a quelques jours une visite au Liban, sa première au pays du Cèdre. Un court séjour privé que le leader de la « révolution orange » de l'hiver 2004-2005, qui avait échappé à une tentative d'assassinat par empoisonnement durant cette période, voulait mettre à profit pour œuvrer à davantage de coopération entre les deux pays.
Pour L'Orient-Le Jour, celui qui se tient loin des feux de la rampe depuis 2013 revient sur la « révolution orange », l'annexion de la Crimée par Moscou, la Russie de Poutine, le conflit syrien, l'élection de Donald Trump...

Que reste-t-il aujourd'hui de la « révolution orange » ?
Je crois que le cours de la politique en Ukraine est resté inchangé depuis la révolution. Aujourd'hui, les deux tiers de la population ukrainienne veulent intégrer l'Union européenne. Cela ne fait même plus débat. La révolution orange a créé une sorte d'immunité contre les tentatives de mettre un terme à la liberté et la démocratie. Si la « révolution orange » n'avait pas eu lieu il y a douze ans, nous ne serions pas libres aujourd'hui.

Comment jugez-vous la réaction de la communauté internationale à l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 ?
La communauté internationale n'a pas correctement évalué ce qui s'est passé. L'annexion de la Crimée a porté atteinte aux principes de paix, d'équilibre et d'inviolabilité des frontières territoriales qui prévalaient en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le président Vladimir Poutine a violé ces principes. Il n'a pas seulement usurpé des terres européennes, il a remis en question toute la structure sécuritaire de l'Europe. Et le silence du monde face à cela pave la voie à de nouvelles menaces. Tous les pays européens sont potentiellement en danger aujourd'hui en raison de ce révisionnisme politique.

Croyez-vous que la Crimée fera à nouveau un jour partie de l'Ukraine ?
Évidemment. En vertu de la loi, et historiquement parlant, c'est notre territoire. La Russie n'a aucun droit moral ou juridique sur la Crimée. Je ne comprends pas comment, au cours des six derniers mois, deux délégations françaises se sont rendues en Crimée, alors que l'occupation russe n'est pas reconnue internationalement. Ces délégations formées de certains parlementaires étaient restreintes, mais cela montre que certains élus en France sont malintentionnés.

Que pensez-vous de l'actuel président ukrainien, Petro Porochenko ?
Il existe une sorte de club présidentiel, et par souci d'éthique, je ne peux pas évaluer les actions du président actuel. Mais je dirai que notre pays, agressé par la Russie, passe aujourd'hui par des moments difficiles. Il est clair que cela a eu un impact sur notre économie. Notre PIB a chuté, nous avons le taux de chômage le plus élevé de notre histoire, et nous souffrons de problèmes fiscaux et budgétaires. Mais, d'autre part, notre pays connaît aussi un processus de consolidation. Nous combattons actuellement seuls l'occupation des forces russes. Je ne suis pas sûr qu'un autre pays européen aurait pu faire de même.

Comment évaluez-vous la politique du président Poutine, notamment en ce qui concerne l'intervention militaire russe en Syrie, ou encore la position de la Russie vis-à-vis de l'Otan ?
La Russie ne veut pas stabiliser la situation en Syrie. Sa mission consiste à manipuler le pays, et ce dans son propre intérêt. La Russie veut que la Syrie soit coupée de son entourage et tiraillée par les conflits politiques et religieux. L'objectif ultime du Kremlin est de réduire l'influence de la Syrie dans la région, afin que Moscou devienne indispensable au Moyen-Orient. Les Russes vont renforcer leur flotte en Méditerranée, ramenant de la sorte la Syrie 50 ans en arrière.
Concernant l'Otan, il n'y a pas de modèle de sécurité dans le monde qui soit aussi efficace que celui-ci. Vous pouvez critiquez l'Otan pour de nombreuses choses, et évidemment il faut perfectionner l'organisation. Mais une chose est sûre : c'est la coopération élargie qui fait la force de l'Otan, même si un modèle de sécurité collective est compliqué. J'ai toujours dit que l'Ukraine devait faire partie de l'Otan en tant que membre à part entière.


(Pour mémoire : Poutine dénonce « l'hystérie » antirusse aux États-Unis)

 

Que pensez-vous de l'accord de libre-échange entre l'UE et l'Ukraine qui est entré en vigueur le 1er janvier dernier ?
Cet accord est extrêmement positif. C'est un facteur qui contribuerait au succès de l'économie ukrainienne. Mais l'Ukraine doit encore faire des efforts au niveau interne, notamment dans le domaine fiscal et budgétaire. Avant même l'entrée en vigueur de cet accord, Vladimir Poutine avait prévenu à plusieurs reprises que si l'Ukraine modifiait ses méthodes de coopération économique avec l'Occident, la Russie mettrait en place des barrières restrictives contre les produits ukrainiens. Vladimir Poutine fera tout pour garder l'Ukraine dans la sphère économique russe. Si l'Ukraine s'éloigne de la Russie de M. Poutine, cela signifierait la fin de l'Empire russe.

Comment percevez-vous l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, surtout à la lumière des remarques positives que celui-ci a récemment formulées à l'égard de M. Poutine ?
Le monde subit des changements majeurs en ce moment. La question qui se pose véritablement est de savoir comment les dirigeants du monde réagiront à la Russie de Vladimir Poutine. Il est clair que l'Europe a du mal à trancher cette question aujourd'hui. Certains pays tentent d'intensifier leurs relations bilatérales avec la Russie, ce qui fait que l'Europe a des difficultés à adopter une position unifiée à l'égard de Moscou. Et c'est toute l'Europe de l'Est qui souffre des conséquences de cela. Quatre-vingt-dix pour cent des conflits en Europe ont lieu dans l'Est du continent.
Aujourd'hui, nous ne savons même plus quelle sera la politique de Washington après l'élection de M. Trump. Nous entrons dans une période très difficile à prédire. Je crois que le président Trump fera comme la plupart de ses prédécesseurs : durant son premier mandat, il sera épris de la Russie. Il évoquera la nécessité de remettre le compteur des relations américano-russes à zéro, il parlera d'une nouvelle ère entre Moscou et Washington. Mais il comprendra quatre ans plus tard que tout cela n'était qu'illusions. Il sera alors trop tard pour lui pour changer de cap.

Un dernier message au peuple libanais ?
Je crois qu'il y a beaucoup de similarités entre ce que les Libanais et les Ukrainiens ont vécu et vivent toujours. La réponse à ce qui se passe actuellement au Liban réside au niveau du dialogue et de l'unité nationale. Vous devez trouver vos propres réponses. La meilleure réponse est entre vos mains, et non entre celles des capitales étrangères. Je souhaite vivement que le Liban soit prospère et stable.

 

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NAUFAL SORAYA

Ce sera déjà 50 ans de moins que là où les rebelles veulent l'envoyer...

M.V.

La ce n'est plus de la désinfo...! mais de l'intox grandiloquente fumigène ...mais que vient faire au Liban ce personnage ..?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI C,ETAIT SEULEMENT 50 ANS... PAR LES ACTIONS BARBARES COMMISES CONTRE LE PEUPLE SYRIEN ILS ANIMENT LES REACTIONS EXTREMISTES ET PROPULSENT LA SYRIE DANS L,OBSCURANTISME PRO NEANDERTHALIEN...

RE-MARK-ABLE

Comme les occidentaux ont ramené l'Irak la Lybie et l'Ukraine 50 ans en arrière ma taupe.

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