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Économie

Les logiciels espions, une spécialité israélienne

Éclairage

Aucun pays ne compte autant d'entreprises spécialisées dans les interceptions des communications par rapport à sa population. Une activité lucrative à l'export.

OLJ
30/08/2016

L'alerte déclenchée chez Apple par la découverte qu'un logiciel d'espionnage permettant de pirater ses iPhone et iPad illustre la percée des entreprises israéliennes spécialisées dans les interceptions des communications.
Face à cette cybermenace, Apple a mis à jour en urgence ses mobiles commercialisés depuis 2011 pour les protéger contre le logiciel Pegasus, conçu par la firme NSO d'Herzliya, dans la « Silicon Valley » israélienne.
NSO est loin d'être seule sur ce créneau dans un pays qui se proclame la « nation start-up » et où les multiples menaces sécuritaires érigent la collecte du renseignement en impératif vital. Pas moins de 27 entreprises basées en Israël sont actives dans ce secteur, selon l'ONG britannique Privacy International (PI). Ce chiffre place Israël très loin en tête du classement mondial avec 3,3 compagnies pour un million d'habitants contre 0,4 aux États-Unis et 1,6 en Grande-Bretagne.
Parmi les clients de ces logiciels figurent des gouvernements d'Amérique latine, d'Asie centrale ou d'Afrique.
L'utilisateur de Pegasus, logiciel à la fois sophistiqué et personnalisable fonctionnant au départ par hameçonnage, peut accéder à la caméra, au micro ou à la géolocalisation de l'appareil piraté, aux contenus de messages, d'appels et de toute une série d'applications globales comme Gmail, Facebook, Skype, Viber...

Experts recrutés à prix d'or
« NSO se conforme totalement à la législation et aux règlements sur le contrôle des exportations », assure un porte-parole de la société dans un communiqué. Il fait référence aux autorisations indispensables délivrées par le ministère de la Défense pour la vente à l'étranger d'armements et de technologies pouvant avoir un usage militaire.
Selon Privacy International, ces garde-fous ne tiennent toutefois pas compte de la situation des droits de l'homme dans les pays clients, permettant aux régimes en place de surveiller ou de réprimer des opposants.
Dans le cas d'Apple, c'est un militant des droits de l'homme émirati, Ahmad Mansoor, qui, déjà visé par plusieurs cyberattaques dans le passé, a trouvé suspects des textos reçus courant août. Selon les médias israéliens, NSO aurait fourni il y a deux ans avec l'aval du ministère de la Défense son logiciel à un pays du Golfe, dont le nom n'a pas été précisé.
« Cette affaire n'a rien d'étonnant. Israël se trouve dans le peloton de tête mondial pour tout ce qui touche au cybersecteur », explique à l'AFP Daniel Cohen, de l'Institut pour les études sur la sécurité nationale de Tel-Aviv. Selon lui, cette percée s'explique surtout par le dynamisme des membres d'unités d'élite de l'armée, spécialisées dans la cyberguerre. « Après avoir quitté l'uniforme, ces experts utilisent leur savoir-faire pour créer des start-up ou se faire embaucher à prix d'or par des firmes existantes », dit M. Cohen.
« Israël compte plus de 300 entreprises de toutes tailles dans le cybersecteur. Les plus grands groupes d'armement ont eux aussi ouvert des cyberunités. Mais dans l'immense majorité des cas, il s'agit de firmes qui ne traitent que de la protection des systèmes informatiques militaires et civils, telles des banques, des entreprises privées et publiques », précise-t-il. Selon lui, « moins de 10 % des firmes du cybersecteur ont choisi le créneau (des) technologies permettant d'infiltrer des systèmes informatiques ».
PI, qui lutte contre les violations de la vie privée par des institutions gouvernementales, souligne que la vente de logiciels d'espionnage « peut jouer un rôle particulièrement important dans le renforcement de la coopération entre services de renseignements » israéliens et étrangers. Des entreprises d'origine israélienne comme Nice Systems et Verint ont notamment fourni des technologies aux polices secrètes de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan, ainsi qu'aux forces de sécurité de Colombie, affirme l'ONG.
En 2011, les médias avaient rapporté l'exportation par la firme israélienne Allot Communications d'une technologie destinée au Danemark mais qui avait atterri par des voies détournées en Iran, l'ennemi numéro un d'Israël.
Nice et Verint ont été autorisées à installer leur propre bureau et centre de contrôle au Kazakhstan et en Ouzbékistan, tout en formant du personnel local.
Interrogé sur ce point, le porte-parole de NSO répond que les accords conclus avec ses clients prévoient que ses « produits doivent être utilisés de manière légale ».

Jean-Luc RENAUDIE/AFP

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