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Liban - La situation

Avec le Conseil des ministres, aujourd’hui, le début d’une escalade aouniste limitée

Le ministre Samir Mokbel a été reçu hier par le Premier ministre Tammam Salam au Grand Sérail. Photo Dalati et Nohra

La tenue du Conseil des ministres, aujourd'hui, est confirmée : la réunion aura lieu en l'absence des trois ministres du bloc du Changement et de la Réforme, et malgré leurs menaces de boycotter durablement le cabinet, sur fond de report, à la mi-septembre, du départ à la retraite du commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi.

Le ministre Michel Pharaon, et le vice-président de la Chambre, Farid Makari, rejoints par le Hezbollah hier, ont proposé au Premier ministre de reporter la réunion d'aujourd'hui, le temps que mûrissent les contacts menés depuis mardi auprès du bloc aouniste dans l'objectif de contenir une possible escalade.
Le Premier ministre y a répondu en maintenant la réunion à la date fixée, mais en convenant de la limiter à des questions ne requérant pas de prise de décision en Conseil des ministres. La réunion devrait donc se réduire aujourd'hui à « une expédition des affaires courantes », confie une source ministérielle à L'Orient-Le Jour.

L'issue médiane prônée par M. Salam pour éviter le report de la réunion paraît ainsi comme un moyen de ne pas se résigner à la rhétorique du bloc aouniste relative au pacte national.
Rappelons que le ministre Gebran Bassil avait déclaré, à l'issue de la réunion du bloc, mardi, que l'absence des ministres de ce bloc et celle des ministres Kataëb ôterait à la réunion sa conformité au pacte national. Il avait ajouté qu'une tenue de la réunion à la date fixée signerait « l'échec du pacte national » et paverait la voie à « une crise de régime ».

 

(Lire aussi : L'intervention turque en Syrie, signe du début d'un changement de donne..., l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

Cette polémique s'articule sur trois questions essentielles : l'instrumentalisation du pacte national, la remise en cause du système de Taëf et les limites de l'escalade annoncée par le bloc aouniste.
Sur le point relatif au pacte national, des avis juridiques et politiques condamnant les méthodes de blocage, et prônant un exercice ministériel « solidaire », s'entendent à dire que le pacte national, dans son acception présumée, est respecté tant que les principales communautés sont représentées, indépendamment du poids de la personne ou du parti auquel elle est affiliée. En l'occurrence, la réunion, qui doit compter aujourd'hui huit ministres chrétiens (dont Michel Pharaon qui avait envisagé dans un premier temps de ne pas y participer, préférant son report), serait en conformité avec le pacte national.

D'autres arguments démontant la logique du CPL rappellent le boycottage de la présidentielle par ce dernier. « Si les aounistes souhaitent réellement préserver le rôle des maronites, qu'est censée incarner en premier lieu la présidence de la République, pourquoi ne participent-ils pas à la séance électorale? » s'interroge par exemple le ministre Nabil de Freige, dans un entretien téléphonique avec L'OLJ. « Qui plus est, pourquoi appellent-ils à des nominations sécuritaires, alors qu'ils savent que la nomination d'un commandant en chef de l'armée a toujours relevé du chef de l'État ? » demande-t-il encore, en soulignant que « jamais des noms de candidats ont été avancés en Conseil des ministres, la coutume étant d'approuver de facto le nom proposé par le président de la République ».

 

(Lire aussi : Après Pharaon et Makary, le Hezbollah propose d'ajourner la tenue du Conseil des ministres)

 

Certes, le report du départ à la retraite du commandant en chef de l'armée n'est pas sans porter une marque politique manifeste : nombre d'officiers méritoires voient leur avancement entravé sous prétexte de tiraillements politiques autour des nominations. Mais la réaction aouniste, hostile à une nouvelle prorogation en faveur du général Kahwagi, est elle aussi étroitement politique. Elle devrait être perçue comme un prolongement de la présidentielle, selon un ministre du 14 Mars. La contestation aouniste isolée, qui ne sera pas relayée par le Hezbollah (et qui, semble-t-il, n'est pas soutenue par Meerab), aurait pour objectif de faire preuve d'une certaine indépendance d'action. Elle viserait également, de l'avis d'un ministre, à affaiblir la candidature du général Kahwagi à la présidence, en en réduisant le poids sous l'angle de la représentativité chrétienne.

On apprenait d'ailleurs de source informée que l'escalade prévue – et dont les aounistes s'abstiennent de révéler les étapes avec exactitude – ne devrait pas se prolonger au-delà de la date de prorogation fixée à la mi-septembre. Notons à cet égard la possibilité que le ministre du Tachnag (membre du bloc aouniste) se désolidarise de l'escalade : son absence aujourd'hui à la réunion est présentée comme ponctuelle, rapporte une source ministérielle à L'Orient-Le Jour.

 

(Lire aussi : Le CPL confirme son boycottage de la séance au côté du Tachnag)

 

Deux paramètres empêcheraient en tout cas le CPL de mener son escalade jusqu'à la démission, ou la remise en cause du système : la position de Washington, principal soutien de l'armée, qui prône le maintien en fonction des responsables militaires avec lesquels il a l'habitude de traiter – d'autant que l'heure n'est pas à la relance institutionnelle. Les États-Unis auraient même posé comme condition aux aides l'abstention de procéder à de nouvelles nominations, à en croire un ministre. Les aides US à l'armée ont d'ailleurs été valorisées hier par le ministre de la Défense Samir Mokbel, qui recevait l'ambassadrice US Elizabeth Richard.

Le second paramètre serait le manque d'enthousiasme du Hezbollah à entamer la phase de négociations autour d'un déblocage institutionnel, voire d'une constituante, comme le reconnaissent des sources concordantes du 14 Mars.

Il pourrait donc se déclencher aujourd'hui un nouvel épisode de mièvreries politiques, qui resteront dans les limites des lignes rouges tracées par les acteurs internationaux... et par le Hezbollah.
L'un des moyens de briser le cercle vicieux du vide serait de revoir le mécanisme de prise de décision au sein du cabinet : si le Premier ministre a décidé d'écarter toute décision à laquelle s'opposeraient deux composantes du cabinet, explique M. Pharaon à L'OLJ, cette décision a fini par se retourner contre lui...
Pour ce qui est du déblocage de la présidentielle, le chef du courant du Futur Saad Hariri tenterait une nouvelle initiative : il doit rencontrer aujourd'hui le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avant la visite officielle de ce dernier à Téhéran.

 

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commentaires (4)

“Celui qui sait commander trouve toujours ceux qui doivent obéir.” Friedrich Nietzsche De Friedrich Nietzsche / La Volonté de puissance

FAKHOURI

12 h 47, le 25 août 2016

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Commentaires (4)

  • “Celui qui sait commander trouve toujours ceux qui doivent obéir.” Friedrich Nietzsche De Friedrich Nietzsche / La Volonté de puissance

    FAKHOURI

    12 h 47, le 25 août 2016

  • Dans la marmite, il n'y a que les os qui font du bruit. Allez les naufrageurs de la Patrie. Allez les moutons de Panurge, continuez votre course vers l'abîme. Votre Panurge fêtera son 83ème anniversaire le 30 septembre prochain.

    Honneur et Patrie

    11 h 26, le 25 août 2016

  • "...le temps que mûrissent les contacts menés depuis mardi...etc..." Et tous les innombrables contacts menés depuis des mois et des mois...à quoi ont-ils servi? Qui peut nous assurer que ces contacts-là auront plus de succès ? Et M. G. Bassil ose affirmer en plus que "l'absence des ministres de son bloc et celle des Kataëb ôterait à la réunion sa conformité au pacte natinal..." Quand on ne sait que dire de telles énormités ...on fait mieux de se taire ! Tous des SUPER-INCAPABLES envers leur patrie, mais tous SUPER-CAPABLES en corruption ! Pauvre Liban... Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 28, le 25 août 2016

  • Avec de tels mugissements, apparemment que quelques taureaux de ce genre (h)amer-orange auraient de jeunes veaux fort ressemblants ; car ayant précisément ce même mugissement.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 02, le 25 août 2016

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