Entretien express

La bataille de Hassaké : causes et conséquences

Dlawer Ala'Aldeen, président du Middle East Research Institute (Meri) et ancien ministre de l'Éducation et de la Recherche scientifique du Kurdistan irakien (2009-2012), répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Le portrait déchiré de Bachar el-Assad derrière un combattant kurde, hier, à Hassaké. Rodi Said/Reuters

Le 17 août courant, le régime syrien a frappé pour la première fois depuis le début de la guerre en 2011 des secteurs tenus par les forces kurdes, à Hassaké. Les jours qui ont suivi ont été fiévreux suite à l'intervention des avions de la coalition internationale anti-EI conduite par les États-Unis, afin de « protéger » les forces spéciales qui conseillent les combattants kurdes. Les combats se poursuivent malgré une médiation russe entre les Kurdes et le régime syrien.

Pourquoi le régime syrien a-t-il décidé d'attaquer les Kurdes la semaine dernière ?
Les forces syriennes et kurdes contrôlent des districts différents à Hassaké, et leurs relations alternent entre coopération mutuelle et frictions, sans que les uns aient confiance en les autres, et vice versa. Cependant, c'est la première fois que le régime intensifie ses attaques contre les Kurdes, y compris des civils, et blâme le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), même si ce dernier n'opère pas à Hassaké sous ce nom.

Qu'en est-il du timing ? Est-ce qu'il y a eu un accord conclu entre Moscou, Ankara et Téhéran ?
Le timing pourrait être une coïncidence, ou lié au nouveau rapprochement entre ces trois gouvernements. On ne sait pas si les Syriens ont mené cette attaque suite à une demande explicite de la Turquie, via les Iraniens, ou s'ils sont tout simplement en train de flirter avec les Turcs. Ankara a laissé entendre qu'il serait prêt à accepter le régime syrien actuel et, en échange, Damas pourrait essayer d'amadouer les Turcs en déstabilisant les Kurdes dans leur fief, Hassaké. La Syrie est dans une telle pagaille que le régime va faire tout ce qu'il faut afin de survivre. Et la nouvelle politique turque est une aubaine pour eux.

 

(Lire aussi : À Hassaké, un nouveau tournant de la guerre en Syrie ?)

 

Comment expliquer la réaction américaine ? Est-ce que Washington veut réellement protéger ses troupes, ou est-il prêt à défendre les Kurdes ?
Il y a une présence américaine, qui se compose principalement de conseillers, de formateurs et coordinateurs dans le voisinage. Cependant, les Américains ne sont pas particulièrement préoccupés par la confrontation directe avec la Syrie, parce qu'ils savent pertinemment que le régime n'osera pas jouer avec le feu avec les États-Unis. Washington a, à plusieurs reprises, mis en garde la Syrie via les Russes auparavant. Les Américains sont, à juste titre, préoccupés par ces incidents et les considèrent comme des détournements de leur seul objectif, qui est d'aider les Kurdes à combattre et à vaincre le groupe État islamique (EI). Les États-Unis ne sont pas particulièrement favorables à l'autonomie kurde, mais ils ne veulent pas que les Syriens sapent leurs efforts anti-EI.

Malgré les menaces des Américains, les avions du régime ont continué à survoler la région. Comment vont évoluer les relations entre le régime et les Kurdes ?
Les relations entre les Kurdes et le régime resteront compliquées. Le régime a toléré des avancées kurdes par nécessité, mais a toujours rejeté l'autonomie. Damas a récemment gagné en confiance, et par conséquent, il ne serait pas surprenant de voir davantage d'éruptions de violence entre les deux parties à l'avenir.

 

 

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Le 17 août courant, le régime syrien a frappé pour la première fois depuis le début de la guerre en 2011 des secteurs tenus par les forces kurdes, à Hassaké. Les jours qui ont suivi ont été fiévreux suite à l'intervention des avions de la coalition internationale anti-EI conduite par les États-Unis, afin de « protéger » les forces spéciales qui conseillent les combattants...

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