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Moyen Orient et Monde

Alep : « En proportion, il y a davantage de combattants étrangers du côté du régime »

Entretien express

Agrégé d'histoire, suivant de très près le conflit syrien, Stéphane Mantoux a répondu aux questions de « L'Orient-Le Jour » sur les enjeux militaires de la bataille d'Alep.

09/08/2016

Autour d'Alep, les préparatifs s'intensifient pour une bataille considérée comme étant l'une des plus importantes depuis le début de la guerre en Syrie en 2011. Après avoir brisé le siège imposé par le régime syrien depuis le 17 juillet 2016, les forces rebelles ont annoncé dimanche soir leur volonté de s'emparer de la totalité d'Alep. Agrégé d'histoire, suivant de très près le conflit syrien, Stéphane Mantoux a répondu aux questions de L'Orient-Le Jour sur les enjeux militaires de la bataille d'Alep.

 

Quelles sont les forces en présence sur le terrain ?
Du côté des rebelles, il y a deux coalitions qui constituent le gros des forces pour la bataille.
Il y a d'abord la coalition Jaish al-Fatah (Armée de la conquête) qui est regroupée autour de l'ex-front al-Nosra (désormais Front Fateh al-Sham) et d'autres groupes rebelles. Elle est surtout intervenue lors de la bataille à l'extérieur de la ville, ce qui a permis de délivrer les quartiers est, qui étaient encerclés par le régime.

La deuxième coalition, qui se trouve majoritairement à l'intérieur des quartiers est, est celle du Fateh Halab, composée de groupes islamistes ou de groupes portant le label de l'Armée syrienne libre (ASL). Ces deux coalitions ont regroupé ensemble un peu plus de 4 000 hommes pendant la bataille, parmi lesquels quelques groupes jihadistes, comme le parti islamique du Turkestan composé d'Ouïghours en provenance de l'ouest de la Chine. Mais en proportion, la majorité des forces rebelles est composée de combattants syriens tandis que du côté des forces du régime, on a énormément de combattants étrangers, ce qui pourrait se justifier par le manque de fantassins.

Du côté du régime syrien, la coalition est composée de combattants du Hezbollah, avec la présence d'au moins un régiment, de combattants afghans chiites, c'est-à-dire des Hazaras recrutés par les Iraniens pour aider le régime, et des Irakiens de la milice Harakat Hezbollah al-Noujaba. Enfin, le régime syrien a engagé sur le terrain quelques unités, et à ceux-là s'ajoutent des unités de combattants iraniens.

 

(Lire aussi : « Voilà pourquoi je n'ai pas peur de Fateh al-Cham... »)

 

Quelles tactiques militaires sont utilisées sur le terrain ?
Du côté des rebelles, l'assaut a été très bien préparé, et cela s'était vu lorsque l'ex-Front al-Nosra avait attaqué le 31 juillet et le 1er août l'école al-Hikma, qui était l'un des premiers bastions du régime syrien sur la route d'Alep. L'ex-Front al-Nosra avait lancé deux véhicules-kamikaze pour ouvrir la voie, puis des véhicules blindés et des chars se sont engouffrés dans la brèche. Les unités engagées au sol, vraisemblablement les troupes de chocs de l'ex-Front al-Nosra, sont appuyées de canons, de lance-roquettes bombardant les positions avancées, et se déplacent en véhicules blindés. Cette tactique a été reproduite lors de la phase suivante, durant l'attaque contre l'académie d'artillerie avec l'envoi de véhicules-kamikaze pour ouvrir une brèche, et l'infiltration de fantassins dans des combats plus rapprochés.

Du côté des forces loyalistes, il semblerait que le Hezbollah s'est plaint, pendant les combats survenus à la levée du blocus, de la fuite de combattants du régime, notamment syriens, iraniens et afghans. Les combattants du Hezbollah se sont alors retrouvés seuls face aux assauts rebelles.
En ce qui concerne l'appui aérien russe, il y a eu une absence. Cela paraît d'autant plus étonnant que les Russes avaient bombardé l'académie militaire dès sa prise par les rebelles, en raison notamment des grandes quantités d'armements, de munitions et d'obus qui s'y trouvaient. On peut supposer qu'il est difficile d'effectuer des bombardements en combats urbains, notamment dans le quartier de Ramoussa, avec des combats très rapprochés.

 

(Lire aussi : Alep : pourquoi les Américains ont décidé de ne pas bouger)

 

 

Les rebelles peuvent-ils à leur tour encercler les quartiers d'Alep tenus par le régime ?
Les rebelles ont cassé l'encerclement à l'est et ont probablement l'intention de pousser au nord, précisément au nord-est, ce qui pourrait aboutir à un encerclement des quartiers ouest de la ville. On aurait donc d'un côté les rebelles encerclant les quartiers ouest, où vivent plus d'un million d'habitants, et de l'autre côté, les forces loyalistes positionnées autour des positions rebelles.

La question est désormais de savoir si les rebelles vont parvenir à maintenir l'unité qu'il y a eu pendant la bataille, car à chaque fois depuis 2011 que les rebelles ont été capables de travailler en coordination, cela a donné des résultats spectaculaires. Si la dynamique se maintient, l'encerclement du quartier ouest est à envisager. Néanmoins, la riposte du régime doit être prise en considération, avec l'arrivée de nouvelles troupes, comme l'envoi de 2 000 hommes de la milice Moujabat en renfort, ou encore l'envoi par le Hezbollah de nouvelle troupes.

 

 

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Jean Jean

Heureusement que ce sont les gentils rebelles modérés mais en fait comment on les reconnaît des méchants rebelles? Ils coupent les têtes avec une lame émoussée? Ils brûlent vif des prisonniers avec de la 98 sans plombs? Et dire que le Monde est considéré comme un journal de référence. Maintenant, il n'y a qu'à voir son directeur pour comprendre...

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Pierre Hadjigeorgiou

Je croyais que les rebelles étaient des étrangers et étrangement c'est Bachar qui se sert de mercenaires pour se maintenir et les rebelles en majorité des Syriens. En fait pourquoi tous ces mercenaires? Pour les beaux yeux de Bachar? Surement pas. Dès qu'il y aura un accord entre les vrais protagoniste cet imbécile sera lâché comme une pomme pourri avec tous ces comparses. N'ayant pas su gérer cette guerre comme il se doit, il a laissé son pays en proie aux règlements de comptes entre puissances régionales et internationales. Tant mieux pour le Liban! Le Baas et la Syrie ne nous importuneront plus. Que les partis ayant des idéologies a relation ombilical avec l’étranger se prépare a disparaître car elles ne sont pas compatibles avec la constitution Libanaise qui très bientôt sera appliqué au grand damne du Hezbollah et compagnie...

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