Les survivants de Hama de nouveau hantés par « la sauvagerie du régime Assad »
03/02/2012
Témoignage Trente ans plus tard, Fawaz se souvient encore des horreurs du massacre de sa ville natale de Hama, devenue symbole de la brutalité du régime du clan Assad. Comme d’autres survivants, il a l’espoir que la répression d’aujourd’hui ne passera pas sans châtiment.
« À l’époque, on était massacrés en silence, c’est ça la différence », affirme-t-il au téléphone depuis sa résidence dans un pays arabe. Ce Syrien avait 19 ans au moment de la répression d’un soulèvement armé mené par les Frères musulmans contre les forces du président Hafez el-Assad. Pendant quatre semaines, Hama a été bombardée par les forces du régime, faisant selon les estimations de 10 000 à 40 000 morts, ce qui a été décrit comme le pire crime commis dans l’histoire moderne de la Syrie. Il garde en mémoire « les cadavres boursouflés traînés par les chiens dans la rue », les « corps calcinés dans les commerces incendiés » et surtout la peur au ventre, la même qu’il a ressentie lorsque l’armée est entrée une nouvelle fois à Hama pour mater les manifestations en 2011.
Fawaz se souvient également d’un matin froid et pluvieux, le 3 février 1982, quand l’armée a rassemblé sur une place tous les hommes de plus de 15 ans de son quartier. « Ils nous ont abreuvés d’insultes : “traîtres”, “agents d’Israël”. Puis ils nous ont dit “nous allons vous massacrer tous” », raconte-t-il, la voix émue. L’horreur qui s’ensuivit restera à jamais marquée dans sa mémoire. « Ils ont obligé un homme à s’agenouiller et plaqué sa tête au sol, puis ils nous ont dit “vous allez avouer où se trouvent les Frères musulmans ou on tue celui-là en premier”. Nous ne savions rien du tout. Ils ont alors fait passer un char sur son crâne. C’était comme un fruit écrasé. Le sang giclait de partout. » Par la suite, un officier a ordonné à un homme âgé de plus de 80 ans de s’agenouiller. « Je ne m’agenouille que pour Dieu, a-t-il répliqué. Ils l’ont mitraillé devant mes yeux. » « Nous étions tétanisés, nous pensions à chaque seconde “ça y est, nous allons mourir” », raconte-t-il. Il aura la « chance » d’être emmené avec d’autres en prison pour interrogatoire, avant d’en sortir quelques jours plus tard grâce à des « connaissances ».
À la tête de la brutale campagne, les redoutables Brigades de la défense, une force paramilitaire menée alors par le frère du président, Rifaat, qui faisait trembler les Syriens.
Abou Khaled, autre survivant qui avait 16 ans à l’époque, se souvient, lui, des forces de sécurité qui tiraient sur les habitants. « Avant de les tuer, ils leur ont pris leurs montres et leurs chaussures. » Il a réussi à s’échapper en se réfugiant « de toit en toit », puis a marché pendant trois jours vers la ville de Homs.
Même si le nombre de victimes est de loin supérieur à celui de la répression actuelle de la contestation, pour les survivants du massacre, la brutalité est la même. « C’est la même sauvagerie, le même aveuglement », assure Fawaz. Alors que les Syriens et l’étranger n’ont eu vent du massacre que trois mois après les faits, les choses ont changé pour la révolte de 2011, avec une large couverture par les médias arabes et occidentaux et des réseaux sociaux mobilisés 24 heures sur 24.
D’autres témoins parlent d’une partie de l’histoire, beaucoup moins évoquée. « Les tueries de Hama sont intervenues après que des membres du Baas eurent été tués avec leurs familles », raconte Robert Fisk, journaliste au quotidien britannique The Independent, qui était sur place au moment des faits. « Ce n’est pas une excuse pour tuer des milliers de civils, mais l’histoire doit noter (...) qu’il y a eu une série d’attaques sanglantes contre les propres officiers de Hafez el-Assad. Ils ont même assassiné son médecin. »
Pour les militants qui écrivent une nouvelle page de l’histoire, les choses vont changer, inéluctablement.
« Ils essaient de nous faire revivre la même peur, mais on ne se laissera pas faire », martèle ainsi Anouar el-Bounni, célèbre opposant également témoin des tueries de 1982.
© AFP
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« À l’époque, on était massacrés en silence, c’est ça la différence », affirme-t-il au téléphone depuis sa résidence dans un pays arabe. Ce Syrien avait 19 ans au moment de la répression d’un soulèvement armé mené par les Frères musulmans contre les forces du président Hafez el-Assad. Pendant quatre semaines, Hama a été bombardée par les forces du régime, faisant selon les estimations de 10 000 à 40 000 morts, ce qui a été décrit comme le pire crime commis dans l’histoire moderne de la Syrie. Il garde en mémoire « les cadavres boursouflés traînés par les chiens dans la rue », les « corps calcinés dans les commerces incendiés » et surtout la peur au ventre, la même qu’il a ressentie lorsque l’armée est entrée une nouvelle fois à Hama pour mater les manifestations en 2011.
Fawaz se souvient également d’un matin froid et pluvieux, le 3 février 1982, quand l’armée a rassemblé sur une place tous les hommes de plus de 15 ans de son quartier. « Ils nous ont abreuvés d’insultes : “traîtres”, “agents d’Israël”. Puis ils nous ont dit “nous allons vous massacrer tous” », raconte-t-il, la voix émue. L’horreur qui s’ensuivit restera à jamais marquée dans sa mémoire. « Ils ont obligé un homme à s’agenouiller et plaqué sa tête au sol, puis ils nous ont dit “vous allez avouer où se trouvent les Frères musulmans ou on tue celui-là en premier”. Nous ne savions rien du tout. Ils ont alors fait passer un char sur son crâne. C’était comme un fruit écrasé. Le sang giclait de partout. » Par la suite, un officier a ordonné à un homme âgé de plus de 80 ans de s’agenouiller. « Je ne m’agenouille que pour Dieu, a-t-il répliqué. Ils l’ont mitraillé devant mes yeux. » « Nous étions tétanisés, nous pensions à chaque seconde “ça y est, nous allons mourir” », raconte-t-il. Il aura la « chance » d’être emmené avec d’autres en prison pour interrogatoire, avant d’en sortir quelques jours plus tard grâce à des « connaissances ».
À la tête de la brutale campagne, les redoutables Brigades de la défense, une force paramilitaire menée alors par le frère du président, Rifaat, qui faisait trembler les Syriens.
Abou Khaled, autre survivant qui avait 16 ans à l’époque, se souvient, lui, des forces de sécurité qui tiraient sur les habitants. « Avant de les tuer, ils leur ont pris leurs montres et leurs chaussures. » Il a réussi à s’échapper en se réfugiant « de toit en toit », puis a marché pendant trois jours vers la ville de Homs.
Même si le nombre de victimes est de loin supérieur à celui de la répression actuelle de la contestation, pour les survivants du massacre, la brutalité est la même. « C’est la même sauvagerie, le même aveuglement », assure Fawaz. Alors que les Syriens et l’étranger n’ont eu vent du massacre que trois mois après les faits, les choses ont changé pour la révolte de 2011, avec une large couverture par les médias arabes et occidentaux et des réseaux sociaux mobilisés 24 heures sur 24.
D’autres témoins parlent d’une partie de l’histoire, beaucoup moins évoquée. « Les tueries de Hama sont intervenues après que des membres du Baas eurent été tués avec leurs familles », raconte Robert Fisk, journaliste au quotidien britannique The Independent, qui était sur place au moment des faits. « Ce n’est pas une excuse pour tuer des milliers de civils, mais l’histoire doit noter (...) qu’il y a eu une série d’attaques sanglantes contre les propres officiers de Hafez el-Assad. Ils ont même assassiné son médecin. »
Pour les militants qui écrivent une nouvelle page de l’histoire, les choses vont changer, inéluctablement.
« Ils essaient de nous faire revivre la même peur, mais on ne se laissera pas faire », martèle ainsi Anouar el-Bounni, célèbre opposant également témoin des tueries de 1982.
© AFP
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Réactions des internautes à cet article
- Jabbour ! Vous n'avez vraiment pas le sens de l'humour (ma remarque l'était), du coup vous dites carrément n'importe quoi. D'une part, et pour votre gouverne, j'ai toujours condamné l'attitude des pays occidentaux durant la prériode de tutelle syrienne, et d'autre part, quel rapport avec Bachir, Chirac ou Hariri ? Et vous dites que c'est moi qui sors du sujet ? Vous, vous êtes prêt à dire n'importe quoi avec des phrases illisibles, pourvu que vous pissiez de la ligne ICI ! On parle de Hama depuis bien longtemps mais les langues se délient davantage au fur et à mesure que le régime syrien vacille (si, si, Jabbour, il vacille, il vous suffit de vouloir regarder et écouter). Et puis dites-moi Jabbour, vous ne me zappez pas ? J'avais pourtant cru comprendre il y a deux jours, dans un de vos messages que vous beugliez à Mme Sursock, toujours avec votre finesse légendaire, que vous zappiez ceux que vous n'aimez pas. Vous me lisez donc ? Dois-je en conclure que vous m'aimez ? Je suis très touché, Jabbour, je le savais depuis le début.
Robert Malek
- - - Négationnisme dites-vous Malek ! Alors expliquez moi comment et au nom de quelle justice et de quelle démocratie ces " voteurs " de lois négationnistes et donneurs de leçons en démocraties et défenseurs des droits de l'hommes occidentaux , ont cautionné le régime Syrien et la présence de son armée au Liban pendant 30 ans l'encourageant la finançant même ! 1982 est triste date pour Hama certes , mais aussi pour nous Libanais avec l'assassinat de Béchir , qui est passé comme une lettre à la poste avec les honneurs pour La Syrie de toutes parts et surtout , des USA et de la France , et surtout , celle de Chirac qui encourageait la présence Syrienne , avec son fameux discours depuis le perchoir de notre parlement , qu'il a utilisé comme tribune pour faire passer un message , à la demande de son ami et PM de l'époque Rafik Hariri .. !! Jamais il n'y a eu question de Hama et des ces massacres !! Alors pourquoi et comment se fait-il que VOUS TOUS en parlez autant aujourd'hui ???
JABBOUR André
- Faites gaffe Jabbour, vous n'êtes pas sans savoir que la loi contre le négationnisme est passée.
Robert Malek
- Comment se fait-il qu'on n'ait pas encore lu ICI qu'en 1982 le vénérissime Hafez a, avec clairvoyance et courage, réussi à massacrer des dizaines de milliers de voyous et terroristes à Hama ? Pourtant le lionceau tyrannique s'inspire héroïquement aujourd'hui de cet acte de bravoure pour tenter de sauver sa dictature devant laquelle notre gouvernement armé (et deux ou trois rigolos exaltés ICI) sont en transe permanente.
Robert Malek
- En bon Libanais: "yeslam temmak" M. Abou Chacra!
Pierre Hadjigeorgiou
- - - Hama dites-vous ! Pourquoi qu'est-ce qui s'est passé à Hama de si important pour s'en souvenir et le célébrer ??
JABBOUR André
- Ce reportage de l'AFP, donnant le témoignage d'un survivant du grand et inoui massacre de Hama en 1982, mène à deux conclusions : 1-On se le confirme, le régime baassiste des Assad, qui dure depuis quarante deux ans, est un régime de nette tendance nazie. N'en déplaise à ses amis et ses sbires libanais. Nous devons à ce régime tous les malheurs du Liban, depuis le néfaste et maudit accord du Caire de 1969, instigué par lui-même en vue des ses plans de pyromane dans ce pays et qu'on a vu de bien près lors de sa longue occupation. 2-C'est le totalitarisme, le fascisme et la dictature du régime des Assad, exercés contre son propre peuple durant toutes ces décennies, qui a créé en Syrie le terrain fertile pour le soulèvement populaire, la haine et le désir de vengeance, que l'on voit aujourd'hui et dont certainement et malheureusement profite en premier lieu le vent islamiste qui souffle sur le monde arabe. Tout cela annonce un futur sombre. Souhaitons que le Liban puisse et sache y manoeuvrer et se préserver.
Halim Abou Chacra
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