Les lignes de démarcation se précisent au sein du gouvernement
Ce qui devait arriver s’est produit. Le Conseil des ministres est en congé forcé au moins jusque dans une dizaine de jours puisque le Premier ministre doit se rendre en France au milieu de la semaine prochaine. Ce qui devrait permettre aux médiateurs de bonne volonté de déployer des efforts pour réunir à nouveau les membres du gouvernement autour d’une même table. En réalité, aucune partie n’est pressée de reprendre les réunions, chacune pensant avoir ainsi marqué des points sur le plan populaire. Le Premier ministre Nagib Mikati n’a même pas voulu laisser aux ministres du CPL le pouvoir de paralyser le gouvernement, décidant lui-même de lever la séance dès qu’il a senti que ceux-ci s’apprêtaient à quitter les lieux. De son côté, le CPL se présente comme le défenseur des droits de la communauté chrétienne puisqu’il s’est opposé au mécanisme adopté par le Premier ministre pour la nomination de trois personnalités grecques-orthodoxes pour trois postes relevant de l’autorité de la présidence du Conseil. Enfin, le président de la République qui a pris parti aux côtés du Premier ministre a permis de dévoiler au grand jour la guerre larvée qui l’oppose aux aounistes sur le dossier des nominations pour les postes chrétiens au sein de l’administration.
Le pire dans le lamentable épilogue de la séance gouvernementale de mercredi, c’est que chaque camp se croit gagnant dans la perspective des élections législatives de 2013, alors qu’en réalité, c’est la crédibilité du gouvernement tout entier qui est en jeu. D’autant qu’il apparaît de plus en plus formé de groupes autonomes qui ne considèrent absolument pas nécessaire de faire des concessions pour que le travail gouvernemental progresse. Quelque part, c’est un constat d’échec pour la nouvelle majorité qui a mis des mois à former un cabinet et qui peine maintenant à le rendre productif, alors que chaque dossier devient un sujet de conflit.
Le vrai problème du gouvernement, c’est que le Premier ministre a un œil (voire les deux) fixé en permanence sur la scène sunnite où il espère améliorer sa base populaire en vue des législatives de 2013, en grignotant sur l’assise du courant du Futur. Il est ainsi convaincu que le chef du CPL, le général Michel Aoun, est perçu par la base sunnite comme un ennemi et il se croit donc obligé de s’opposer à toutes ses propositions pour se présenter comme le défenseur de cette communauté. Mikati estime aussi qu’il est la seule partie au sein du gouvernement à être la cible d’une telle campagne au sein de sa propre communauté et qu’en définitive, le gouvernement ne peut réussir son action aux dépens de la communauté sunnite et qu’il doit au contraire l’absorber.
De son côté, le chef du CPL, qui a fait de la protection des droits de la communauté chrétienne et de la lutte contre la corruption ses chevaux de bataille, estime qu’avec dix ministres au sein du gouvernement, il devrait pouvoir accomplir des réalisations importantes à présenter à son crédit en vue des prochaines législatives. À travers les propositions de ses ministres, Aoun estime être la seule partie au sein du gouvernement à faire des propositions qui vont dans le sens de l’édification de l’État et de la dynamisation de ses institutions.
Ces deux logiques s’affrontent en permanence et, entre elles, il y a celle du Hezbollah dont les priorités sont plus régionales que locales et dont les yeux sont fixés à la fois sur les développements en Syrie, puisqu’il sent qu’à travers le régime syrien, c’est tout « l’axe de la résistance » qui est visé et sur les risques d’un conflit généralisé entre les sunnites et les chiites qu’il accuse les États-Unis et Israël de vouloir à tout prix. Dans cet état d’esprit, le Hezbollah joue le rôle de l’équilibriste, appuyant à la fois les revendications du général Aoun et ne souhaitant pas heurter le Premier ministre ni le pousser vers la sortie. Le Hezbollah a donc chargé le président de la Chambre, dont les deux ministres sont très actifs au sein du gouvernement (le ministre des AE se consacre principalement au dossier syrien et le ministre de la Santé cherche à arrondir les angles entre les protagonistes), de trouver à chaque fois des solutions de compromis. Nabih Berry agit en général de concert avec le leader druze Walid Joumblatt, tous les deux voulant le maintien du gouvernement, chacun pour des raisons propres. Mais comme désormais les ministres de Joumblatt prennent de plus en plus clairement parti contre ceux du CPL, le compromis est plus difficile à trouver.
L’élément nouveau dans ce bras de fer permanent est incontestablement le choix du président de la République de s’opposer ouvertement aux ministres du CPL et les détails de la dernière réunion du gouvernement montrent que le chef de l’État s’en est directement pris aux ministres du CPL, les apostrophant sans ménagement et réclamant le respect du choix du Premier ministre dans les nominations qui relèvent de l’autorité de la présidence du Conseil, alors qu’il accepte que les nominations proposées par le ministre de la Justice pour le corps judiciaire fassent l’objet de longs débats et soient reportées de séance en séance. C’est que le chef de l’État estime lui aussi avoir droit à une part importante dans le choix des fonctionnaires chrétiens, d’autant que sa signature est requise et qu’il est convaincu qu’il est de son devoir de ne pas laisser le général Aoun prendre la part du lion dans ce domaine.
Bref, au lieu de s’atténuer avec l’exercice du pouvoir et en raison des dossiers pressants (au moins pour les citoyens), les lignes de démarcation au sein du Conseil des ministres se font de plus en plus précises et bloquent toute percée significative, alors que chaque groupe au sein du gouvernement lequel s’est fixé pour devise le slogan : « Tous pour le travail » campe sur ses positions... En attendant des développements régionaux ou autres qui modifieraient le statu quo actuel.
- Descendez de votre piedestal même s'il n'est pas très haut Mr Abouchacra, vous commentez, on a le droit de rélever des coquilles pour être poli, ou alors ne commentez plus . Mais vous ne pouvez en aucune façon interdire les internautes de le faire, c'est le principe même de l'OLJ.Non, mais dites donc!!!!
Jaber Kamel
- Fichez la paix à mes petits commentres ô...... Ne délirez pas dessus. Compris ?!
Halim Abou Chacra
- - - Pour une fois , je dis bien pour une fois , une fois n'est pas coutume , je trouve l'analyse de la réaction qui suit la mienne ICI , juste , objective et pleine de vérités et de bons sens ! SAUF , quand il s'arrête pour parler à la lumière de cette réalité , il a voulu dire , et excusez le s'il s'est trompé ; Les lecteurs connaitrons une république plus organisée , plus joyeuse et plus heureuse bientôt , avec la troisième République ?? L'oublie et l'erreur la faute sont humains .
JABBOUR André
- C'est l'un des Eclairages les plus objectifs de Mme Haddad. Il montre la réalité concernant la division du fromage et les arrière-pensées qui la soutiennent. Les principaux protaginistes cette fois sont "le Premier ministre Mikati et le CPL", c'est à dire tout court le général Aoun. Les deux font tout en fonction des "législatives de 2013". Le premier "a un oeil (voire les deux) fixé en permanence sur la scène sunnite". Il veut prouver à sa communauté ce qui suit : Vous "percevez" que le général Aoun est votre ennemi et vous avez raison. C'est moi le leader sunnite (et non Saad Hariri), en qui vous pouvez avoir confiance et qui va tenir tête à ce général. "De son côté, le chef du CPL qui a fait de la protetion des droits de la communauté chrétienne et de la lutte contre la corruption ses chevaux de bataille", réplique au chef du gouvernment : Pour la énième fois je vous le dis, les chrétiens c'est moi. Alors ne vous hasardez pas à vouloir nommer un chrétien à n'importe quel poste. C'est moi qui désigne et vous, vous nommez. Et dîtes au président de la République (qui a pris ma place) de ne pas s'en mêler. Point final. Arrêtons-nous là. A la lumière de cette réalité, les lecteurs connaissent-ils une République plus organisée, plus joyeuse et plus heureuse ?
Halim Abou Chacra
- - - C'est un PM diminué , désapprouvé , rejeté par une bonne partie de son gouvernement qui se rend en visite en France , et non un PM fort et solide à la tête du gouvernement Libanais comme cela devait être ! Il a voulu jouer au plus fort avec GMA qui lui a rendu la monnaie de sa pièce .. ILS " au sein du gouvernement " ceux qui pensent former un bloc face à l'homme fort se trompent , le blocage est là et restera tant qu' ILS continuent à bafouer les lois et la constitution . On verra qui tiendra plus longtemps !
JABBOUR André
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