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Beyrouth/Hanoi: same but different
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Par Valérie CACHARD | 09/06/2011


À vol d’oiseau, 6 965 km séparent les deux capitales. Leurs religions, populations, et langues sont différentes. Pourtant, si ces deux villes se regardaient, elles auraient l’impression, par moments, de simplement se mirer,  de se noyer dans leurs reflets respectifs.

L’origine des noms de ces deux villes fait référence à l’eau. Si Hanoi est la ville en deçà du fleuve, Beyrouth est la ville aux six puits. La première a connu 1 000 ans d’occupation chinoise, un siècle de présence française et une guerre civile de quinze ans ; la seconde a vécu la domination ottomane, le mandat français, la tutelle syrienne, la guerre… Ce que l’on n’a pas pu taire, ni dans l’une ni dans l’autre, c’est l’envie de vivre, de se reconstruire, de construire… 
Si certains ont proclamé Beyrouth capitale du béton, Hanoi, essentiellement sa banlieue, est elle aussi un chantier permanent. Dans ces deux villes, on respire à pleins poumons des émanations grises et poussiéreuses.
Si le cœur de Beyrouth a été transformé en une belle maquette de marbre et de luxe, celui de Hanoi pourrait être encore sauvé puisque  l’inscrire au patrimoine national de l’Unesco a souvent été évoqué.  En effet, le vieux quartier des corporations et ses 36 rues offrent une véritable promenade au milieu d’artisans et vendeurs spécialisés. Les marchandises se déversent sur les trottoirs. La nuit, on les remballe et on rentre se coucher derrière le rideau de fer que l’on cadenasse de l’intérieur. Ici, les arrière-boutiques sont des lieux d’habitation. La nuit, sur les mêmes trottoirs occupés par les marchandises le jour, on étale des nattes et improvise de petits restos de fortune. On y sert la soupe traditionnelle pho, du maïs grillé, du poisson séché… C’est le cœur de la ville, il est vivant et surtout populaire à toute heure. On pense à Beyrouth. On a la nostalgie d’une ville qu’on n’a pas connue. Il fut un temps où Beyrouth avait, elle aussi, ses rues de couturiers, de marchands de tissus, de poissons… Il fut un temps où cette ville avait aussi un cœur bien vivant.

Petit à petit, tous les points communs sautent aux yeux
Il est 17 heures à Hanoi, le soleil printanier a brillé toute la journée, mais les arbres immenses, souvent bien plus hauts que les habitations et commerces du centre ,ont joué leur rôle : oxygéner et ombrager les hordes de touristes se pressant ou se promenant sur les trottoirs.  Les rayons se sont frayé facilement leur chemin entre les constructions de 5 étages maximum, inondant au passage chapeaux coniques, jeux d’échecs posés à même le sol par les conducteurs de moto-taxi et vieux rails de train empruntés encore par des locomotives qui rasent les murs de certains quartiers, suspendant ainsi quotidiennement leur vie, le temps de leur passage. À priori, on ne penserait pas à Beyrouth où l’on implante des racines de fer et de béton car elles sont plus rentables qu’un arbre, où les traces de rails ont disparu, les dernières locomotives reprenant vie rarement le temps d’un concert ou d’une lecture publique, proposés dans la vieille gare désaffectée.  Mais, bientôt, les motos se succèdent sans pause, sans s’arrêter de klaxonner, de zigzaguer, de grimper sur les trottoirs, histoire d’éviter la file de voitures, vélos, cyclo-pousse, avant de stopper un mètre plus loin puis de finalement brûler un feu rouge en roulant au passage sur les pieds d’un malheureux piéton. Et bientôt Beyrouth, son bruit, sa poussière, ses sonneries stridentes de téléphone portable, se superpose à Hanoi et avec elle, petit à petit, tous les points communs sautent aux yeux.
Ces deux villes, grâce  à la dévaluation malheureuse de la monnaie, offrent à quiquonque l’occasion de se proclamer millionnaire, à Hanoi plus qu’ailleurs, puisqu’un dollar équivaut à 20 000 dongs. Une grande partie de ces millionnaires se retrouvent aux premières ou dernières lueurs de la journée autour du lac Hoan Kiem  pour courir, marcher ou participer à des séances de tai chi qui se terminent par un massage collectif du dos. Si sur notre corniche, c’est plutôt le sport individuel ou la marche bras dessus, bras dessous qui priment, certains grands gestes et exercices des sportifs beyrouthins ne sont  pas sans rappeler ceux des Hanoïens qui semblent agités, mêlant grands mouvements de jambes et de bras, se pliant, se relevant, prenant appui à un arbre ou à un banc pour s’étirer… 
On fait du sport et surtout, on soigne son apparence dans ces deux villes. Salons de massage, soins des pieds, des mains, tout genre d’épilation possibles sont proposés à tous les coins de rue. Si la Beyrouthine gagne haut la main en ce qui concerne l’application des couleurs sur le visage, la Hanoïenne est imbattable quant au choix des motifs divers et colorés qui ornent ongles des mains et des pieds, souvent aussi longs les uns que les autres. Les boutiques de vêtements ne désemplissent pas et la mode occupe de plus en plus de place. Les jeunes designers ouvrent de minuscules boutiques dans de vieilles maisons coloniales rappelant d’autres boutiques de Mar Mikhaïl ou Gemmayzé.
À Beyrouth ou à Hanoi, le bon accueil est de mise. On s’occupe bien de l’étranger, l’arnaquant souvent avec le sourire et le culot de ceux qui font bien ce qu’ils font. On s’y sent finalement assez peu dépaysé, cherchant à échapper à la pollution sonore en se faufilant dans une minuscule ruelle où une vieille porte, une magnifique fenêtre, une maison coloniale croulante ou le silence d’un lieu de culte ne sont pas sans nous rappeler ce qui nous réjouit le plus à Beyrouth.


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