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À La Une - syrie

Le père d'Aylan enterre sa famille : "A quoi me sert la solidarité du monde?"

Le petit garçon syrien noyé enterré avec sa famille à Kobané en présence de centaines de personnes.

Abdallah Shenu, père du petit Aylan, "est encore en état de choc". Lors de l'éloge funèbre, vendredi à Kobané, il a dit qu'il était le "seul responsable de ce qui s'est passé" et qu'il ne blâmait personne. AFP PHOTO / ANHA

Le petit garçon syrien de trois ans, Aylan Kurdi, découvert mort sur une plage turque a été enterré vendredi avec son frère et sa mère dans une atmosphère de grande émotion dans leur ville de Kobané, dans le nord de la Syrie.

"L'enterrement a eu lieu en présence de centaines de personnes. Tout le monde était triste et en pleurs", a déclaré à l'AFP un témoin Mustefa Ebdi, un journaliste originaire de la ville, située à la frontière syro-turque.
Abdallah Shenu, père du petit Aylan, "est encore en état de choc", selon ce témoin. Lors de l'éloge funèbre, il a dit qu'il était le "seul responsable de ce qui s'est passé" et qu'il ne blâmait personne, a ajouté le journaliste. Les trois victimes ont été enterrées dans le mausolée consacré aux "martyrs de Kobané".

Le père a, à cette occasion, souligné que son fils était "parmi les nombreux morts" du conflit en Syrie et appelé à "trouver une solution à la tragédie" dans ce pays, selon M. Ebdi. "A quoi me sert la solidarité du monde? J'ai perdu ce que j'ai de plus cher", a-t-il encore dit selon ses propos rapportés par le journaliste.
Les corps de ses proches avaient été acheminés plus tôt depuis Istanbul vers le sud-est de la Turquie, frontalière de la Syrie, puis à Kobané.

"Je n'ai plus rien à attendre de ce monde en tant que père qui a perdu ses enfants. La seule chose que je voudrais, c'est que le drame et les souffrances vécus en Syrie prennent fin", avait dit le père jeudi soir, cité par l'agence de presse turque Dogan. Il a ajouté espérer que le monde prenne ainsi conscience du sort des migrants, après ce drame qui a ému le monde entier.

Elan de solidarité
Le corps du petit garçon a été découvert mercredi sur une plage de la station balnéaire de Bodrum, en Turquie. Non loin, celui de son frère Ghaleb, 5 ans, et de leur mère Rihana, morts noyés avec neuf autres réfugiés syriens qui tentaient de rallier l'île grecque de Kos, porte d'entrée vers l'Union européenne, comme des milliers d'autres avant eux.

Le père d'Aylan a raconté comment sa famille avait péri dans le naufrage de leur embarcation en pleine nuit.
"Je tenais la main de ma femme. Mais mes enfants m'ont glissé des mains", a-t-il raconté à l'agence Dogan.

 

(Lire aussi : "Mes enfants m'ont glissé des mains" : le père du petit Aylan raconte)


La famille n'a cessé de fuir les combats en Syrie au cours des quatre dernières années, selon M. Ebdi. Originaire de Kobané, elle habitait à Damas lorsque le pays s'est enfoncé dans les violences en 2011.
"Ils ont quitté Damas en 2012 pour Alep" (nord), "et lorsque des combats s'y sont déclarés, ils sont partis à Kobané", a indiqué M. Ebdi. Mais la ville kurde a été prise pour cible par les jihadistes de l'Etat islamique (EI), qui ont tenté en vain de la conquérir à l'automne 2014, se heurtant à une forte résistance des Kurdes.
La famille a alors déménagé en Turquie, selon le journaliste. Puis, lorsque le siège de Kobané par l'EI a pris fin en janvier, elle est retournée dans cette ville, espérant que le calme était revenu.
Mais, en juin, les jihadistes ont lancé une nouvelle offensive. La famille a alors pris le risque de rejoindre l'Europe, via la Turquie, comme des milliers d'autres Syriens.

L'image du corps sans vie du petit Aylan a provoqué un immense élan de solidarité envers les migrants, sans précédent en Europe se traduisant par des donations record, des fonds d'urgence et une mobilisation populaire.

 

 

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