Mercredi 22 Octobre 2014

Liban

Le jardin de Sanayeh, ou « la restauration d’une pièce d’antiquité »

Espaces verts

Le principal souci est de « préserver cet espace de mémoire ».

04/06/2014

À son inauguration, le jardin de Sanayeh annonçait l'été : les robes pastel des convives, absorbant les raies ardentes de l'après-midi, fusionnaient avec la toile de fond, faite de carrés de gazon, de bancs en bois, de cours de jeux, d'auvents de bois, de lavabos incrustés dans une muraille de marbre, d'arbres à l'alignement asymétrique... L'harmonie de la nature redessinée et des sourires d'enfants, à qui l'on offrait ce jour-là, à chaque coin, une barbe à papa, rythme la promenade dans le parc. L'architecture découverte est celle d'une infinité de cercles, gravitant tous autour de la fontaine traditionnelle, réhabilitée. Son imposante esthétique, qui maintient son charme d'antan, est surtout apaisante. L'eau s'étend sur un cercle de 30 mètres de diamètre, entre des arbres plantés anarchiquement pendant la guerre, et maintenus. Le jardin est le plus ancien de Beyrouth. Il date de 1907 et porte le nom du président René Moawad, depuis son assassinat en 1989 devant le jardin.

« Nos souvenirs d'enfance sont là, ils restent, comme la fontaine », lancent en chœur des dames souriantes, doyennes de la Ligue des habitants de Beyrouth. « Le plus important reste toutefois de préserver cet espace vert, afin d'en assurer la continuité », relèvent-elles, avec l'attention que l'on porte naturellement aux belles choses.

Le président du groupe Azadéa, Marwan Moukarzel, grand sponsor de la réhabilitation du jardin, a valorisé la symbolique nationale de l'espace vert préservé et partagé. « Ce jardin est une place publique de rencontre et d'unité qu'on maintient pour maintenir la mémoire du pays », a-t-il déclaré. Il s'exprimait à partir de l'estrade aménagée sur l'amphithéâtre, un espace du jardin qui doit devenir une plateforme de concerts et de manifestations culturelles. Son groupe a couvert l'exécution du projet, évalué à 2,5 millions de dollars, ainsi que l'entretien sur les 10 prochaines années, pour un coût de 2 millions de dollars.

La problématique du mur de la renommée
Assise sur les gradins, parmi les convives, Noura Raad est une architecte paysagiste du bureau d'architecture ZMK (Zeina Majdalani Khabbaz), qui a fait don de l'étude du projet de réhabilitation du jardin Sanayeh. Étroitement impliquée dans le projet, elle est saluée tour à tour, dans leurs discours respectifs, par l'architecte Zeina Majdalani Khabbaz et par le président du conseil municipal de Beyrouth, Bilal Hamad. Celui-ci mentionne « son énergie et sa manière de nous tenir tête ». Souriante dans sa robe bleue, elle explique à L'OLJ l'esprit du projet. « Avec l'idée de préserver le jardin, nous avons entrepris une sorte de restauration, comme nous l'aurions fait d'un site du patrimoine historique ou d'une pièce d'antiquité », précise-t-elle. Dans cette logique, elle mentionne clairement un point de désaccord avec la municipalité dans l'exécution du projet.

Le mur d'enceinte original du jardin a été converti en un mur de la renommée pour « reconnaître tous ceux qui font honneur à la capitale et au pays », comme l'a souligné Bilal Hamad dans son allocution. Pour l'instant, toutefois, ce mur est resté vierge, alors que l'architecte aurait souhaité y graver les grands noms ayant marqué l'histoire du pays, au lieu de mettre le mur au service des intérêts de la municipalité, sous-tendant les hommages qu'elle choisira de rendre à telle ou telle personnalité.
Cela reste un détail, et l'heure était à « la grande réussite et à la joie ». Après la lecture par la journaliste May Menassa d'un poème qui fait parler le jardin et sa fontaine, la foule s'est dirigée à la fontaine pour y lancer des dahlias et faire un vœu de paix pour le Liban.

Les garanties de l'entretien
Dans un tailleur vert vif, Régina Fenianos, présidente du Green Garden Group, valorise le travail effectué, dont elle sait le coût et l'effort. Son association a déjà aménagé dix-sept jardins publics pour enfants aux quatre coins du pays. « Un parc est l'espace vital de la ville », précise-t-elle, se souvenant du « grand étonnement » des Libanais émigrés lorsqu'ils avaient eu vent de l'intention de construire un parking à l'emplacement du jardin Sanayeh. Un projet que la municipalité dit ne jamais avoir envisagé.

L'ouverture du jardin porterait un avant-goût du plan plus large où s'inscrit ce projet, le plan « Beyrouth bitjannen », par lequel la municipalité entend préserver et élargir les espaces verts.
Désormais, c'est aux citoyens que la municipalité et ses partenaires privés s'en remettent pour la durabilité de ce plan. « C'est maintenant que votre rôle commence, celui de perpétuer ce premier pas sur le chemin de mille lieues qui se trace devant nous », a lancé Marwan Moukarzel.

À peine l'ouverture célébrée, des empreintes de pas étaient visibles sur des bouts de terre fleuris, dont le décor délicat de bourgeons blancs commençait à se ternir. Plus loin, de jeunes parents tirent la poussette de leur enfant sur la voie non cyclable (parallèle à la voie cyclable) qui contourne le parc. Cette voie est pourtant recouverte d'une résine pour faciliter la course, un détail important qu'avait relevé dans son discours Zeina Majdalani Khabbaz.

Interrogé sur ces observations, Marwan Moukarzel se montre confiant quant aux garanties de préservation du jardin. « Quinze gardiens seront présents sur place 24 heures sur 24, les pique-nique et les aliments seront interdits, les plantes seront entretenues et renouvelées au quotidien par Arbusta, donateur important du projet », a-t-il expliqué à L'OLJ. C'est, en somme, toute la culture de l'espace vert qui sera testée dans le jardin renaissant du quartier populaire de Zarif.

 

Pour mémoire
Ouverture en grande pompe du jardin de Sanayeh

Tout beau tout neuf, le jardin de Sanayeh rouvre ses portes

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Sabbagha Antoine

La préservation du jardin propre de Sanayeh encouragera la restauration d’autres jardins publics de la capitale surtout celui de Sioufi.

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