Mercredi 16 Avril 2014

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Wadih el-Safi a rejoint son « Liban éternel »

Wadih el-Safi, la voix qui a chanté le Liban, sous ses plus belles facettes : sa terre, son ciel, sa nature, ses traditions et ses valeurs... AFP PHOTO/ LOUAI BESHARA

Disparition La légende de la chanson folklorique libanaise est décédée à l’âge de 92 ans.
13/10/2013

Wadih el-Safi, légende de la chanson folklorique libanaise, n’est plus. Il a rejoint son « lopin de ciel ». Le grand chanteur est décédé vendredi soir, à l’âge de 92 ans, à l’hôpital Bellevue à Mansourieh (Metn). Véritable légende vivante de la chanson folklorique libanaise, Wadih el-Safi a débuté sa carrière à l’âge de 17 ans en prenant part à un concours radiophonique, qu’il remportera haut la main face à 50 participants. Voix de baryton, après des études au Conservatoire national, il se met à composer et à chanter des airs folkloriques et des mélodies traditionnelles. Il a écrit plusieurs milliers de chansons mêlant poésie et « zajal » et créant un style modernisé de folklore libanais.
Réputé pour ses « ataba », « mijana » et « abou el-zuluf », il a, au long de plus de soixante-dix ans de carrière, toujours exalté dans ses textes les valeurs morales, l’amour, la dévotion et le patriotisme, et a porté haut le flambeau de la chanson libanaise dans ses tournées aux quatre coins de la planète, et ce aussi bien dans les pays de la région qu’au Brésil – où il s’est installé durant trois ans, de 1947 à 1950 –, en France, en Italie, au Portugal... Mais il a surtout chanté le Liban, sous ses plus belles facettes : sa terre, son ciel, sa nature, ses traditions et ses valeurs...

 

Wadih el-Safi toujours rayonnant et inséparable de son oud... Ici lors de son concert, en 2010, au Festival de Byblos.

 


Un timbre unique
Réputé pour la qualité de son interprétation, d’une extrême spontanéité, et celle de son timbre unique et d’une magistrale flexibilité, Wadih el-Safi aura été un artiste d’un rare talent célébré par Pavarotti lui-même qui s’exclamera après l’avoir entendu : « Cet homme ne chante pas tout seul, on dirait que quelqu’un chante avec lui ! »
Inséparable de son oud, il avait su préserver la splendeur et la tradition de la musique arabe tout en se faisant le chantre d’un patriotisme libanais incarné dans le « mouwal » et la poésie dialectale libanaise mise en musique.
Né en 1921 à Niha, dans la montagne libanaise, le futur Wadih el-Safi, de son vrai nom Wadih Béchara Francis, débute sa carrière à une époque où la chanson arabe est dominée par la production égyptienne. Mais il choisit la voie de la chanson militante nationale libanaise. Et utilise les airs du terroir et du folklore en les réadaptant. Homme d’une grande modestie et bienveillance, profondément chrétien, il enregistrera d’ailleurs d’importants morceaux religieux. Mais également ouvert aux différentes influences, il s’orientera aussi vers l’arabe littéraire en puisant dans les textes des grands poètes, interprétera quelques chansons que lui a spécialement composées Farid el-Atrache, ou encore livrera avec le producteur Michel Eleftériadès et le chanteur flamenco José Fernandez un album de fusion arabo-andalou à plus de 78 ans.

 



La magie Wadih el-Safi-Rahbani
Celui qui chante Le Liban, ce coin de ciel (Loubnan, ya quotaat sama) le portera à travers sa voix à la diaspora libanaise aux quatre coins de la planète. C’est à partir de 1957, à son retour du Brésil, que sa carrière explose avec ses participations aux opérettes des Rahbani au Festival de Baalbeck, dont les fameux : Mawssam el-Izz et Ardouna ila al-abad (Notre terre pour toujours), aux côtés de Sabah, ou encore Kasidat Houb (Poésie d’amour) avec Fayrouz... Combinaison magique !
Wadih el-Safi tourna également dans quelques films comme Mawwal et Nar el-Chaouk (Les feux de la passion) avec Sabah.
Ce géant de la chanson libanaise, resté humble malgré les honneurs et les médailles – il a été fait docteur honoris causa de l’Université de Kaslik et a obtenu une médaille d’honneur de la Maison franco-libanaise au cours d’une cérémonie tenue sous les auspices de la mairie de Paris –, aura contribué à former un courant musical mixant folklore et chanson urbaine populaire dans le legs duquel se situent nombre de chanteurs actuels. 

 


A Baalbeck en 1973.



Le tribut des jeunes chanteurs
Najwa Karam et Waël Kfoury, deux artistes parmi les plus populaires actuellement dans le monde arabe, sont les premiers de leur génération à avoir remis le style de Wadih el-Safi au goût du jour. Ce dernier a d’ailleurs joué un rôle de catalyseur dans la carrière de chacun d’entre eux.
Najwa Karam a enregistré, en 2002, en duo avec Wadih el-Safi, W’ Kberna, une ballade qui dépeint les relations père-fille, véritable tube dans le monde arabe.
Quant à Waël Kfoury, qui a grandi dans la tradition du « mouwal », il a toujours clamé son ambition d’être un mélange de chanteur romantique, façon Abdel Halim Hafez, et de tarab, à la manière de Wadih el-Safi.

 

Pour mémoire

Éternel Wadih el-Safi, sous le ciel du Liban (réservé aux abonnés)

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