Vendredi 18 Avril 2014

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Le général Abdel Fattah al-Sissi, nouvel homme fort d'Egypte

Des manifestants anti-Morsi brandissant le portrait du général Abdel Fattah al-Sissi en face du palais présidentiel, au Caire. Khaled Desouki/AFP

L'homme de la semaine Le ministre de la Défense veut redorer l'image de l'armée et restaurer sa crédibilité dans sa gestion du pouvoir.
OLJ/AFP
03/07/2013

Le ministre égyptien de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui apparaît comme l'homme fort du pays, veut placer l'armée dans un rôle central pour résoudre la crise actuelle, tout en cherchant à dissiper les craintes d'un retour à un pouvoir militaire direct comme celui qui a suivi la chute de Hosni Moubarak.

 

S'il ne s'est pas adressé personnellement aux manifestants massés à travers le pays depuis trois jours, il a fait envoyer au-dessus du Caire des hélicoptères militaires déployant le drapeau national, salués par les manifestants hostiles au président Mohamed Morsi qui lançaient "l'armée et le peuple, unis".

 

Une semaine avant les manifestations géantes contre le président islamiste, le général Sissi avait jugé du devoir des forces armées "d'intervenir pour empêcher l'Egypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles" et pour prévenir "l'effondrement des institutions de l'Etat".

 

L'ultimatum du commandement militaire donnant jusqu'à mercredi au président islamiste pour "satisfaire les demandes du peuple" porte à l'évidence sa marque. Sa photo en uniforme était affichée à l'écran pendant la diffusion du texte à la télévision.

 

 

Cette intervention fracassante dans la crise a toutefois amené l'armée à diffuser un communiqué affirmant qu'elle ne voulait pas faire un "coup", mais pousser à un règlement politique.

 

"Le général Sissi avait déjà essayé à la fin de l'année dernière de promouvoir un consensus national lors de la crise autour de la nouvelle Constitution, mais il s'était heurté à l'époque au refus des Frères musulmans", rappelle Mostafa Kamel el-Sayyed, professeur de sciences politiques à l'université du Caire.

 

Pour les politiques et les journalistes qui ont pu l'approcher, sa préoccupation première serait de redorer l'image de l'armée, ternie par la période controversée de gestion du pays par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), de la chute de M. Moubarak en février 2011 à l'élection de M. Morsi en juin 2012.

 

Après le court état de grâce qui a suivi la chute de l'ancien président, l'armée s'est retrouvée à son tour conspuée aux cris de "A bas le régime militaire", un slogan faisant écho à celui lancé contre M. Moubarak.

Abdallah al-Sennaoui, journaliste du quotidien indépendant al-Chourouq qui a rencontré le général Sissi à plusieurs reprises, souligne qu'"il s'est clairement dit affecté par la détérioration de l'image de l'armée et de sa crédibilité" dans sa gestion du pouvoir.

 

(Pour mémoire : L’opposition égyptienne veut retrouver le souffle de la révolution)

 

Agé de 58 ans, Abdel Fattah al-Sissi est de vingt ans plus jeune que son prédecesseur, le maréchal Hussein Tantaoui, vétéran des guerres israélo-arabes et qui fut l'un des plus proches collaborateurs de Hosni Moubarak.

La mise à l'écart du maréchal Tantaoui par le président Morsi en août 2012, et son remplacement par Sissi, avait alimenté de nombreuses spéculations sur une mise au pas de l'armée par le pouvoir civil, et sur une possible allégeance de l'institution militaire aux nouveaux dirigeants islamistes auxquels elle était autrefois hostile.

 

Même s'il participe à un gouvernement où les islamistes sont en force, le général Sissi, qui a fait une brillante carrière d'officier supérieur jusqu'à décrocher le poste sensible et stratégique de chef du renseignement militaire, apparaît avant tout comme un homme du sérail militaire.

Il a à plusieurs reprises affiché sa préoccupation "d'augmenter l'efficacité des forces armées", jugées enfermées dans des schémas militaires dépassés, et aujourd'hui en grande difficulté pour faire revenir l'ordre dans la région troublée du Sinaï.

 

Pieux, il a été accusé lors de sa nomination d'être proche des islamistes, mais dans la tradition des militaires égyptiens il est aussi un fervent admirateur de l'ancien président nationaliste Gamal Abdel Nasser.

 

Né au Caire en novembre 1954, diplômé en sciences militaires de l'académie militaire égyptienne en 1977, il a ensuite étudié dans une académie militaire britannique en 1992 avant de rejoindre, comme de nombreux officiers égyptiens, une école militaire américaine en 2006.

L'armée égyptienne a des liens étroits avec l'armée américaine, qui lui apporte la majeure partie de son équipement et assure une grande partie de son entraînement. Depuis les accords de paix égypto-israéliens de 1979, l'armée égyptienne reçoit une aide importante de Washington, qui se monte actuellement à 1,3 milliard de dollars par an.

 

 

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Sabbagha Antoine

Pousser l'armée à diffuser un communiqué affirmant qu'elle ne voulait pas faire un "coup", mais pousser à un règlement politique signifie indirectement que le général Sissi comme dans touts les pays arabes prendra le pouvoie prochainement .




Antoine Sabbagha

M.V.

Comme quoi en Egypte ... vaut mieux faire confiance au Sphinx plutôt qu'aux frères musulmans ...( proverbe soudanais du sud )

GEDEON Christian

Sissi impératrice...ou pharaon...finalement ils devraient rétablir le pharaonisme...il ne serait pas pire ,amid, en pharaon, non?

Jaber Kamel

Peut être aussi que la situation en Syrie en voie de règlement à cause de l'echec occidental, les puissances mondiales cherchent à allumer une autre mèche en Egypte , il suffit d'un rien .... la turquie vient d'y échapper ..

GEDEON Christian

Je ne pense pas que les occidentaux cherchent à allumer une mèche en Egypte...parce que la bombe leur a déjà pété à la gueule, en fait. Oh bien sûr, je ne suis pas dupe. Certains opposants à Morsi sont tout sauf des anges...mais en définitive, c'est le vrai peuple égyptien qui aura le dernier mot...et le vrai peuple égyptien, c'est pas ces pisse-froid de Ikhwan et de salafistes...c'est Israël qui doit désespérer...non,tous les pays "arabes" d'Afrique du Nord ne deviendront pas des nids de fous furieux...les prochains à dégager seront les Ghannouchi and co...non, les musulmans ne sont pas les malades que l'Occident se plaît à dépeindre...certains le sont, mais ils seront "guéris" de gré ou de force par la majorité des peuples...faut pas prendre les enfants d'Allah pour des canards sauvages!

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