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La tactique du salami

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09/05/2013

À,la limite, on la trouverait plutôt touchante si elle ne commençait – il était temps – à nourrir les inquiétudes de la communauté internationale et de l’Égyptien moyen, l’obstination de cet homme à multiplier comme à plaisir les bourdes. Au bout de trois semaines d’intenses consultations avec les dirigeants du mouvement des Frères musulmans, Mohammad Morsi a fini mardi de mettre au point la nouvelle mouture gouvernementale annoncée le jour même par Hicham Kandil, son fidèle vizir. De la lustrine, quand l’opposition réclamait une nouvelle équipe moins marquée religieusement, quand l’opinion publique attendait un cabinet « neutre », davantage centré sur l’économie et la finance.


Entamée dans l’allégresse populaire et l’espoir d’un avenir radieux, la révolution de février 2011 est en train de payer bien lourd le prix du mauvais virage qu’elle n’a pas tardé à prendre, débouchant sur une épreuve de force entre « religieux » et laïcs dont le énième round vient d’être remporté par les premiers. Avec une aisance, il faut le reconnaître, qui autorise toutes les interrogations sur les maladresses du Front du salut national, Amr Moussa-Mohammad el-Baradeï-Hamdine Sabahi, et l’incapacité de ses membres à s’entendre sur un programme d’action. Après l’annonce des changements intervenus quelques heures auparavant, la troïka s’est contentée de faire paraître un bref communiqué exprimant sa « déception » face notamment au maintien en place du Premier ministre.
Saluons à côté de cela la prouesse d’un président, nouveau venu sur la scène publique, qui réussit à renvoyer à leurs chères études les deux artisans des négociations avec le Fonds monétaire international pour l’obtention du fameux prêt de 4,8 milliards de dollars destinés à donner un souffle nouveau à une économie qui en a grandement besoin. Le remplacement à la tête du ministère des Finances d’al-Moursi al-Sayyed Higazy par Fayyad Abdel.


Moneim, professeur d’économie islamique à la faculté de commerce de l’Université d’el-Azhar, celui d’Achraf el-Arabi, ministre du Plan, par Amr Darrag, un des « ténors » de la confrérie, représentent tous deux de la haute prestidigitation. Ces nominations ainsi que l’octroi du portefeuille de l’Investissement à Yéhia Hamed ne peuvent signifier qu’une seule chose : les Ikhwane se sont approprié le dossier financier pour des raisons évidentes, une initiative qu’il sera difficile au FMI et aux autres instances monétaires concernées d’accueillir favorablement.


La présidence de la République avait prévu dans un premier temps de nommer onze nouveaux ministres ; le changement aura porté en définitive sur neuf postes, des dizaines de personnalités pressenties, dit-on, ayant montré peu d’empressement à accepter l’honneur insigne qui leur était fait. On retiendra que les titulaires de l’Intérieur, de l’Information et de l’Approvisionnement demeurent en place alors que leur remplacement représentait un préalable pour l’opposition mais aussi pour la rue, les deux premiers pour leur rôle depuis que les troubles ont repris dans l’ensemble du pays, le troisième en raison de la pénurie de produits de première nécessité.


Une des raisons invoquées pour justifier le maintien à leurs postes de Mohammad Ibrahim (Intérieur) et de Salah Abdel Maqsoud (Information) est que les prochaines législatives, reportées une première fois pour des raisons sécuritaires, doivent théoriquement se dérouler en octobre. Fort bien, mais qu’en est-il de la nomination à la Justice d’Ahmad Mohammad Sleiman, un inconditionnel du chef de l’État, qui prend la place d’Ahmad Makki, un magistrat unanimement respecté (il fut vice-président de la Cour de cassation), démissionnaire depuis le 20 avril dernier pour protester contre les purges entreprises par les islamistes au sein de l’appareil judiciaire ? Sa probité est telle qu’il avait menacé une première fois, en novembre 2012, de renoncer à sa charge après l’adoption d’un décret par lequel le chef de l’État s’octroyait des pouvoirs exceptionnels. Inutile de chercher trop loin l’explication.


Confronté à une grogne sans précédent depuis son accession à la magistrature suprême, à une crise économique, financière et sociale d’une ampleur inégalée, Mohammad Morsi a choisi d’aller de l’avant dans ce que l’ancien chef de la diplomatie sous Hosni Moubarak et ex-secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa appelle l’ « ikhwanisation » de la vie politique, une tactique constituée de petits pas, en ignorant superbement les graves problèmes qui se posent à la société. Le régime, disent ses détracteurs, feint de s’attaquer à la crise au moyen de mesures économiques alors que c’est d’un règlement politique que nous avons besoin. Autant demander aux héritiers de Hassan el-Banna de renoncer à l’Eldorado dont ils rêvent depuis 85 ans. Difficile...

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